L'empereur avait envoyé dans les provinces des ordres précis de
chasser tous les évêques, qui, ayant été bannis sous le règne de
Constance, étaient rentrés en possession de leurs églises sous celui
de Julien. Ces ordres contenaient de terribles menaces contre les
officiers, les soldats, les habitants des lieux où ils ne seraient
pas exécutés. Depuis quarante ans qu'Athanase remplissait le siége
d'Alexandrie, il avait eu l'honneur d'être toujours la première
victime que les ennemis de l'église sacrifiaient à leur fureur; et les
coups portés à cet illustre prélat, étaient devenus le signal de la
persécution générale. Tatianus, préfet d'Égypte, entra dans Alexandrie,
et y fit publier un édit contre les orthodoxes. Les fidèles, déterminés
à tout souffrir eux-mêmes, prirent l'alarme pour leur évêque; ils
représentèrent qu'Athanase n'était pas dans le cas exprimé par les
ordres de l'empereur, puisque Julien, loin de le rétablir, l'avait
chassé de nouveau. Tatianus ne se rendant pas à ces raisons, le peuple
se disposait à la défense; on était à la veille d'une sanglante
sédition. Le préfet suspendit cet orage, en demandant le temps
d'instruire l'empereur et de recevoir de nouveaux ordres. Les esprits
étant un peu apaisés, Athanase, trop éclairé pour ne pas pénétrer les
intentions du préfet, et ne voulant pas être une occasion de désordre,
sortit secrètement de la ville, et se déroba également à ses ennemis et
à ses amis. Tatianus, qui n'avait cherché qu'à amuser les Alexandrins,
voulut aussi profiter de ce calme pour exécuter sa commission. Il se
transporta pendant une nuit avec une nombreuse escorte à la maison
de l'évêque, mais il ne l'y trouva plus. Athanase s'était renfermé
hors de la ville, dans le tombeau de son père, où il se tint caché
pendant quatre mois. Les tombeaux, surtout en Égypte, étaient alors
des bâtiments assez étendus pour y loger. Cette évasion causait autant
d'alarme aux ennemis d'Athanase qu'à son troupeau. Valens craignait
que son frère, comme avait fait autrefois Constant, ne prît en main la
défense de ce prélat respecté de tout l'empire. Eudoxe et sa cabale
n'appréhendaient pas moins qu'un génie si fécond en ressources ne vînt
à bout de se ménager à la cour de Valens la même faveur, qu'il avait
quelquefois trouvée auprès de Constance. Cette crainte prévalut sur
leur haine; ils furent les premiers à solliciter son retour. Valens
envoya ordre de le rétablir dans son église, où ce généreux athlète,
signalé par tant de combats, cinq fois banni et cinq fois rappelé,
toujours persécuté avec l'église et triomphant avec elle, demeura
paisible pendant les six dernières années de sa vie.
[Note latérale: XXVIII.