Pagi apud Baron. an. 370.]

L'empereur avait envoyé dans les provinces des ordres précis de

chasser tous les évêques, qui, ayant été bannis sous le règne de

Constance, étaient rentrés en possession de leurs églises sous celui

de Julien. Ces ordres contenaient de terribles menaces contre les

officiers, les soldats, les habitants des lieux où ils ne seraient

pas exécutés. Depuis quarante ans qu'Athanase remplissait le siége

d'Alexandrie, il avait eu l'honneur d'être toujours la première

victime que les ennemis de l'église sacrifiaient à leur fureur; et les

coups portés à cet illustre prélat, étaient devenus le signal de la

persécution générale. Tatianus, préfet d'Égypte, entra dans Alexandrie,

et y fit publier un édit contre les orthodoxes. Les fidèles, déterminés

à tout souffrir eux-mêmes, prirent l'alarme pour leur évêque; ils

représentèrent qu'Athanase n'était pas dans le cas exprimé par les

ordres de l'empereur, puisque Julien, loin de le rétablir, l'avait

chassé de nouveau. Tatianus ne se rendant pas à ces raisons, le peuple

se disposait à la défense; on était à la veille d'une sanglante

sédition. Le préfet suspendit cet orage, en demandant le temps

d'instruire l'empereur et de recevoir de nouveaux ordres. Les esprits

étant un peu apaisés, Athanase, trop éclairé pour ne pas pénétrer les

intentions du préfet, et ne voulant pas être une occasion de désordre,

sortit secrètement de la ville, et se déroba également à ses ennemis et

à ses amis. Tatianus, qui n'avait cherché qu'à amuser les Alexandrins,

voulut aussi profiter de ce calme pour exécuter sa commission. Il se

transporta pendant une nuit avec une nombreuse escorte à la maison

de l'évêque, mais il ne l'y trouva plus. Athanase s'était renfermé

hors de la ville, dans le tombeau de son père, où il se tint caché

pendant quatre mois. Les tombeaux, surtout en Égypte, étaient alors

des bâtiments assez étendus pour y loger. Cette évasion causait autant

d'alarme aux ennemis d'Athanase qu'à son troupeau. Valens craignait

que son frère, comme avait fait autrefois Constant, ne prît en main la

défense de ce prélat respecté de tout l'empire. Eudoxe et sa cabale

n'appréhendaient pas moins qu'un génie si fécond en ressources ne vînt

à bout de se ménager à la cour de Valens la même faveur, qu'il avait

quelquefois trouvée auprès de Constance. Cette crainte prévalut sur

leur haine; ils furent les premiers à solliciter son retour. Valens

envoya ordre de le rétablir dans son église, où ce généreux athlète,

signalé par tant de combats, cinq fois banni et cinq fois rappelé,

toujours persécuté avec l'église et triomphant avec elle, demeura

paisible pendant les six dernières années de sa vie.

[Note latérale: XXVIII.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 234 / 354 题