Paroles de Valentinien à son fils.]

Alors l'empereur, transporté de joie, embrassant tendrement son fils,

après lui avoir posé le diadème sur la tête et l'avoir revêtu des

autres ornements impériaux, lui adressa ces paroles que le jeune prince

écouta avec attention: «Vous voilà, mon fils, élevé à la dignité

souveraine par la volonté de votre père et par le suffrage de nos

guerriers. Vous ne pouviez y monter sous des auspices plus heureux.

Collègue de votre oncle et de votre père, préparez-vous à soutenir

le poids de l'empire; à franchir sans crainte à la vue d'une armée

ennemie, les glaces du Rhin et du Danube; à marcher à la tête de vos

troupes; à verser votre sang, et à exposer votre vie avec prudence,

pour défendre vos sujets; à ressentir tous les biens et tous les

maux de l'état, comme vous étant personnels. Je ne vous en dirai

pas davantage en ce moment; ce qui me reste de vie, sera employé à

vous instruire. Pour vous, soldats, dont la valeur fait la sûreté de

l'empire, conservez, je vous en conjure, une affection constante pour

ce jeune prince, que je confie à votre fidélité, et qui va croître

à l'ombre de vos lauriers». Les acclamations se renouvelèrent: on

comblait de louanges les deux empereurs. Les graces du jeune prince, la

vivacité qui brillait dans ses yeux, attiraient tous les regards. Il

méritait les éloges que lui avait donnés son père; et il aurait égalé

les empereurs les plus accomplis, s'il eût vécu plus long-temps, et si

sa vertu eût pu acquérir assez de maturité et de force, pour n'être

pas obscurcie par les vices de ses courtisans. Valentinien lui conféra

le titre d'Auguste, sans l'avoir fait passer, selon la coutume, par le

degré de César: il en avait usé de même à l'égard de son frère Valens.

L. Vérus était le seul jusqu'alors qui sans avoir été César eût été

élevé au rang d'Auguste.

[Note latérale: XVII.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 224 / 354 题