Chron. Alex. vel Pasch. p. 301.]

Le rétablissement de l'empereur fit avorter tous ces projets. Ayant

enfin recouvré la santé vers le mois d'août, il se rendit dans la ville

d'Amiens [_Samarobriva_][620]. Le danger qu'il venait de courir, et

les sollicitations de sa belle-mère et de sa femme le déterminèrent à

nommer Auguste son fils Gratien[621]. Après avoir disposé les esprits

à seconder ses intentions, il assembla ses soldats le 24 août dans

une plaine aux portes de la ville; et étant monté sur un tribunal,

environné des grands de sa cour, il prit par la main le jeune prince,

et le présentant aux troupes: «C'est vous, dit-il, braves soldats, qui

m'avez choisi par préférence à tant d'illustres capitaines: vous avez

droit de prendre part à mes délibérations, et la tendresse paternelle

attend aujourd'hui vos suffrages. Le souverain maître des empereurs

et des empires, le protecteur de la puissance romaine qu'il rendra

immortelle, m'inspire les plus belles espérances; et un projet que je

n'ai conçu que pour votre sûreté, ne peut manquer de vous plaire. C'est

sur cette double confiance que j'ai formé le dessein d'associer mon

fils à l'empire. Vous le voyez depuis long-temps entre vos enfants,

et vous l'aimez comme un gage précieux de la tranquillité publique.

Il est temps qu'il en devienne l'appui; il est vrai qu'il n'est pas

né comme nous dans les travaux, qu'il n'est pas endurci dans les

fatigues de la guerre. Son âge ne l'en rend pas encore capable; mais

son heureux naturel ne dément pas la gloire de son aïeul, et si je

ne suis pas abusé par mon amour pour lui et par le désir ardent de

votre félicité, voici ce que ses inclinations naissantes me promettent

pour la prospérité de l'empire: cultivé par l'étude des lettres, il

saura bientôt peser dans une juste balance les bonnes et les mauvaises

actions; il fera sentir au mérite qu'il en connaît le prix; il entendra

la voix de la gloire; il y courra avec ardeur: vos aigles et vos

enseignes composeront son cortège ordinaire. Il saura supporter les

incommodités des saisons, la faim, la soif, les longues veilles; il

combattra, il exposera sa vie pour le salut des siens; et, rempli des

sentiments de son père, il chérira l'état comme sa famille». L'ardeur

des soldats interrompit l'empereur: chacun semblait partager avec

Valentinien la tendresse paternelle; chacun voulait prévenir ses

camarades par les témoignages de son amour. Ils proclamèrent tout d'une

voix Gratien Auguste.

[Note 620: Valentinien passa la plus grande partie de cette année à

Rheims, on le voit par ses lois, qui jusqu'au 5 de juin sont datées de

cette ville. Le 6 août il était à _Nemasiæ_, qu'on croit être un lieu

appelé à présent Nemay, et qui n'est pas éloigné de Rheims. Une loi du

18 du même mois nous fait voir qu'il était alors à Amiens. C'est sans

doute la maladie grave qu'il éprouva en cette année qui le retint si

long-temps à Rheims ou dans ses environs.--S.-M.]

[Note 621: _Gratianum filium, nec dum plene puberem, hortatu socrus et

uxoris Augustum creavit._ Aur. Vict. epit. p. 229.--S.-M.]

[Note latérale: XVI.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 223 / 354 题