--[Sapor n'avait pas encore tout ce qu'il désirait, il savait bien
que pour être sûr de la possession de l'Arménie, il fallait être
maître de la reine, des principaux satrapes et de l'héritier légitime,
qui pouvaient se réfugier chez les Romains, et y trouver des forces
suffisantes pour lui ravir sa conquête. Arsace fut donc traité pendant
quelque temps avec les égards dus à son rang, et laissé libre en
apparence[587]; convié à la table de Sapor, il y prenait place sur un
même coussin. Le roi de Perse parvint enfin à obtenir de ce prince
infortuné des lettres par lesquelles il mandait auprès de lui la reine
son épouse, son fils, et les plus puissants seigneurs du royaume avec
leurs femmes, pour que leur présence rendît plus auguste la nouvelle
alliance que la Perse allait contracter avec l'Arménie. Dans le dessein
d'inspirer moins de défiance, Alana-Ozan fut envoyé dans ce pays, avec
un faible détachement pour y faire connaître la volonté d'Arsace. Quand
les dynastes, ceux même qui avaient trahi leur roi, furent informés
de l'approche et de la mission du général persan, ils soupçonnèrent
quel était le but de Sapor, ils se réunirent, battirent les troupes
ennemies, et s'enfuirent chez les Romains avec leurs femmes et leurs
enfants. Pharandsem n'obéit pas davantage aux ordres qui avaient été
arrachés à son mari, elle prévint le danger en se jetant avec ses
trésors et son fils Para, dans le fort d'Artogérassa[588], que sa
position faisait regarder comme inexpugnable, et où elle se mit à
l'abri des attaques des Persans.
[Note 587: Procope remarque aussi (de bell. Pers. l. 1, c. 5),
qu'Arsace et son connétable furent d'abord, quoique captifs, traités
d'une manière honorable, τὰ μὲν οὖν πρῶτα ὁ Πακούριος (leg. Σαβούριος)
αὐτοὺς ἐν ἀτίμιᾳ ἐφύλασσεν.--S.-M.]
[Note 588: Voy. t. 2, p. 241, note 2, liv. X, § 22.--S.-M.]
[Note latérale: [Arsace est emmené prisonnier en Perse.]
[Amm. l. 25, c. 8, et l. 27, c. 12.
Faust. Byz. l. 4, c. 54.
Mos. Chor. l. 3, c. 34 et 35.