Procop. de bell. Pers. l. 1. c. 5.]]

--[Cependant Arsace était toujours au milieu de l'Atropatène, dans une

situation désespérée; tous les jours, il voyait diminuer le nombre

de ses soldats, et il ne comptait pas assez sur la fidélité de ceux

qui lui restaient, pour aller avec eux tenter un dernier effort.

L'armée qui le pressait, était commandée par un certain Alana-Ozan,

issu d'une des nombreuses branches de la famille des Arsacides, qui

subsistaient encore en Perse[582]. Le roi d'Arménie tenta de le gagner,

en invoquant leur commune origine. «Tu es de mon sang et de ma race,

lui disait-il; pourquoi me poursuis-tu avec tant d'acharnement? Je

sais que c'est à regret que tu es venu me combattre, et que tu n'as

pu éluder les ordres de Sapor. Laisse-moi quelques instants de repos,

pour que je puisse me réfugier chez les Romains; je te donnerai des

états, je te comblerai de bienfaits, je te traiterai enfin en bon et

fidèle parent.» Ses offres et sa prière furent rejetés avec mépris.

«Comment! lui répondit Alana-Ozan; tu n'as pas épargné les princes de

Camsar[583], nos parents, qui te touchaient de bien plus près que moi,

qui habitaient ton pays, qui suivaient ta religion; et tu penses que

je t'épargnerai, moi qui suis éloigné de toi par ma patrie et par ma

foi! tu t'imagines que, dans l'espoir de tes incertaines récompenses,

j'irai perdre celles que je tiens de mon roi?» Il ne restait plus à

Arsace d'autre ressource que de vendre chèrement sa vie; lui et son

connétable étaient décidés d'aller chercher la mort au milieu des

Perses. Le reste de l'armée refusait de s'associer à leur désespoir.

Les messages continuels que Sapor ne cessait d'envoyer au camp,

pour engager Arsace à venir traiter avec lui en s'abandonnant à sa

foi, abusaient les soldats, et en leur faisant espérer la paix, les

empêchaient de seconder la résolution de leur souverain. «Qu'il vienne

conférer avec moi, disait le roi de Perse, je le recevrai comme un

père; si nous ne nous accordons pas, je le renverrai en lui indiquant

un lieu convenable pour combattre, et terminer nos différends par les

armes.» Arsace était dans une position telle, qu'il ne pouvait accepter

ni refuser les offres de Sapor. Devait-il, en effet, sans sûreté et

sans garantie, aller trouver un roi, son mortel ennemi, également

impatient de satisfaire son ambition et sa vengeance? Les siens,

presque révoltés, joignaient leurs menaces aux invitations du monarque

persan, qui, pour le rassurer complètement, lui adressa une lettre

fermée d'un cachet, qui portait l'empreinte d'un sanglier. Tel était

l'usage suivi par les rois de Perse, quand ils voulaient rendre leurs

promesses inviolables[584]. Il fallut enfin se décider[585], Arsace

et son connétable Vasag[586], s'acheminèrent donc, bon gré, mal gré,

vers le camp des Perses, où aussitôt les gardes nobles de Sapor, les

environnèrent comme pour leur faire honneur, et s'assurèrent de leurs

personnes.

[Note 582: Moïse de Khoren, l. 3, c. 34, donne à ce général le surnom

de _Balhavig_ ou _Palhavik_, commun à presque tous les princes issus

de la famille des Arsacides de Perse. Ce surnom, selon le même auteur,

l. 2, c. 27 et 65, leur venait de la ville de _Balkh_ ou _Balh_, dans

la Bactriane. C'est de cette ville, la _Bactra_ des anciens, que les

Arsacides tiraient leur origine, ou plutôt c'est là qu'ils s'étaient

déclarés indépendants des Séleucides, plus de deux siècles avant notre

ère.--S.-M.]

[Note 583: Voyez t. 2, p. 240, l. X, § 32.--S.-M.]

[Note 584: On ne trouve rien dans toute l'antiquité, sur cet usage,

attesté de la manière la plus formelle par Faustus de Byzance, liv. 4,

c. 53.--S.-M.]

[Note 585: L'histoire de la captivité du roi Arsace se trouve racontée

dans Procope (de Bell. Pers. l. 1, c. 5), d'une manière toute conforme

à ce que rapporte Faustus de Byzance. L'auteur grec atteste qu'il a

puisé son récit dans les historiens arméniens (ἡ τῶν Ἀρμενίων ἱϛορία

φησὶν, ou bien ἡ τῶν Ἀρμενίων συγγραφὴ λέγει); rien n'empêcherait donc

de croire qu'il eût tiré sa narration de Faustus de Byzance lui-même.

Il faut remarquer seulement que Procope au lieu de donner au roi

de Perse son véritable nom, l'appelle, j'ignore par quelle raison,

_Pacurius_. Ce n'est sans doute qu'une faute de copiste, Πακούριος

pour Σαβούριος. Procope fait précéder son récit d'un petit abrégé,

tiré aussi des livres arméniens, et dans lequel il raconte ce qui

s'était passé avant la captivité du roi d'Arménie. Cet abrégé ressemble

beaucoup à ce que j'ai extrait de Faustus de Byzance. On pourrait donc

penser que Procope avait effectivement cet auteur sous les yeux; mais

il faut supposer aussi qu'il ne l'entendait pas bien, ou qu'il a mis de

la négligence dans son travail, car on pourra remarquer qu'il diffère

en plusieurs points de Faustus. Il dit donc que les Arméniens et les

Perses s'étaient fait une guerre implacable pendant trente-deux ans,

δύο καὶ τριάκοντα ἔτη, sous le règne de _Pacurius_ (Sapor) et d'Arsace

du sang des Arsacides, ἐπὶ Πακουρίου μὲν Περσῶν βασιλεύοντος, Ἀρμενίων

δὲ Ἀρσάκου Ἀρσακίδου ἀνδρὸς. On voit qu'il s'agit de l'état de guerre

presque continuel, dans lequel l'Arménie s'était trouvée avec la Perse

pendant le règne d'Arsace, depuis l'enlèvement et la mutilation de son

père Diran (voy. t. 1, p. 408, liv. VI, § 14), et qui se prolongea

après lui. C'est ce que les Arméniens rappelaient au patriarche Nersès

dans leurs doléances et à peu près de la même façon, comme on le peut

voir ci-devant, p. 288, § 9. Faustus de Byzance commence aussi dans

les mêmes termes le récit de la dernière catastrophe d'Arsace, l. 4,

c. 50, seulement il y dit que la guerre avait duré trente-quatre ans.

Dans cet intervalle, ajoute Procope, les Persans eurent à soutenir la

guerre contre d'autres Barbares, voisins des Arméniens, πρὸς ἄλλους

βαρβάρους τινὰς, οὐ πόῤῥω Ἀρμενίων διῳκημένους. Ceux-ci, pour leur

montrer le désir de rétablir la paix entre les deux états, attaquèrent

et battirent ces Barbares. Le roi de Perse fut si touché de ce service

qu'il appela Arsace auprès de lui et le traita comme un frère, τῆς

τε ἄλλης αὐτὸν φιλοφροσύνης ἠξίωσε, καὶ, ἄτε ἀδελφὸν, ἐπὶ τῇ ἴσῃ καὶ

ὁμοίᾳ ἔσχε. Faustus de Byzance emploie les mêmes expressions lorsqu'il

parle de la reconnaissance que Sapor témoigna au roi d'Arménie après

la prise de Nisibe; voyez t. 2, p. 220, liv. X, § 8. Les deux rois se

lièrent par de mutuels serments. Mais peu de temps après, χρόνῳ δὲ οὐ

πολλῷ ὕστερον, le roi de Perse ayant appris que le prince arménien se

préparait à les violer, il le manda pour qu'il vînt conférer avec lui,

τὸ κοινολογεῖσθαι ὑπὲρ τῶν ὅλων. La suite diffère peu de ce que raconte

Faustus. Il est facile de voir en comparant les deux récits, comment

Procope a altéré cette histoire en l'abrégeant.--S.-M.]

[Note 586: Procope donne le nom de _Basicius_, Βασίκιος, au connétable

_Vasag_; c'était, dit-il, un homme distingué par sa valeur et par son

extrême habileté et qui était, pour cette raison, général et conseiller

du roi; στρατηγὸς καὶ ξύμβουλος ἦν, ἀνδρίας τε γὰρ καὶ ξυνέσεως ἐπὶ

πλεῖστον ἀφῖκτο.--S.-M.]

[Note latérale: XI.

[Perfidie de Sapor.]

[Faust. Byz. l. 4, c. 54.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 218 / 354 题