--[Cet événement tira le roi de Perse d'embarras: de suppliant il
devint le maître d'imposer aux Romains de dures conditions; mais
il préféra une modération apparente, qui livrait un royaume entier
à son ambition et à sa vengeance. Peu de temps après que le traité
eut été conclu et mis à exécution, ses troupes filèrent vers le nord
pour tomber sur l'Arménie, laissée à ses seules ressources. Cependant
ce ne fut pas uniquement à la force que Sapor fut redevable de ses
succès. Il connaissait assez bien l'Arménie pour savoir qu'il n'était
pas facile de pénétrer dans un pays hérissé de montagnes escarpées,
coupé de vallées[559] profondes et de torrents rapides, et rempli de
tant de difficultés naturelles, qu'il présentait presque partout aux
habitants d'excellents moyens de défense. C'était en pratiquant des
intelligences dans ce royaume, en le minant par de secrètes intrigues,
en le fatiguant par de soudaines irruptions, renouvelées souvent sur
une multitude de points à la fois, que Sapor pouvait espérer d'en
achever la conquête[560]. Il voulait que la nation accablée, épuisée
s'en prît à son roi de tous les maux qu'elle éprouvait. Pour désunir
les dynastes du pays, et les armer contre leur souverain, ou les uns
contre les autres, il flattait ceux-ci, attaquait ceux-là, portant
partout la terreur et le désordre[561]. Les deux apostats, Méroujan
l'Ardzrounien[562], et Vahan le Mamigonien[563], le secondèrent
puissamment dans l'exécution de ses desseins. Les vastes possessions
du premier lui ouvraient un passage jusque dans le centre du pays.
L'ambition, la soif de la vengeance et la haine que Méroujan
nourrissait contre le christianisme, furent les meilleurs auxiliaires
de Sapor. Les liens de parenté qui unissaient les deux rebelles avec
les grandes familles, pour la plupart ennemies du roi, favorisaient
les succès de Méroujan. Pour l'encourager davantage, Sapor le flattait
de l'espoir de monter sur le trône d'Arménie après la soumission
complète du royaume, et sa sœur Hormizdokht, qu'il lui avait donnée en
mariage[564], était garante de ses promesses. Fier d'une aussi belle
alliance[565], Méroujan, soit seul, soit uni aux Persans, ne cessait
de porter le fer et le feu dans le cœur de l'Arménie. Les princes de
la noble famille de Camsar[566] n'y étaient plus pour la défendre:
égorgés, dépouillés, exilés par Arsace, réfugiés chez les Romains, ils
étaient forcés d'être les spectateurs de la ruine de leur patrie; il ne
leur était pas même permis de s'associer à ses malheurs.
[Note 559: C'est à cette disposition physique que la plupart des
provinces ou cantons de l'Arménie doivent les terminaisons de _dsor_,
_phor_ et _hovid_, qui entrent dans la composition de leurs noms. Ces
mots signifient tous _vallée_, _creux_, _enfoncement_. Les auteurs
anciens avaient déja fait cette remarque; car Strabon en racontant,
l. 17, p. 532, que Tigrane, retenu dans sa jeunesse en otage chez les
Parthes, n'avait recouvré sa liberté qu'au prix d'une portion de ses
états, dit qu'il fut obligé de leur abandonner _soixante-dix vallées_,
ἑβδομήκοντα αὐλῶνας, c'est-à-dire _soixante-dix cantons_.--S.-M.]
[Note 560: Voyez les passages d'Ammien Marcellin, rapportés ci-devant,
p. 270, note 2, liv. XVII, § 3.--S.-M.]
[Note 561: _Sollicitans quosdam optimatum et satrapas, alios excursibus
occupans improvisis._ Amm. Marc., l. 27, c. 12.--S.-M.]
[Note 562: Voyez t. 2, p. 236, l. X, § 19.--S.-M.]
[Note 563: Voyez t. 2, p. 239, l. X, § 20.--S.-M.]
[Note 564: Selon Faustus de Byzance (l. 5, c. 59), cette princesse
avait épousé le prince Mamigonien Vahan, qui s'était associé à
l'apostasie de Méroujan et à sa haine contre l'Arménie. Selon Moïse
de Khoren, au contraire, l. 3, c. 29 et 48, Vahan s'était marié à une
princesse de la famille des Ardzrouniens, nommée Dadjadouhi, qui était
sœur de Méroujan. C'est même cette grande parenté qui aurait donné
naissance à leur intime union. Voy. t. 2, p. 239, l. X, § 20. Selon les
deux historiens arméniens (Faust. Byz., l. 5, c. 59, et Mos. Chor.,
l. 3, c. 48), cet apostat périt par les mains de son fils Samuel, qui
après ce meurtre chercha d'abord un asile dans la Chaldée Pontique,
et puis ensuite chez les Romains. Il est à remarquer que Moïse de
Khoren, par inadvertance sans doute, a placé dans ce dernier récit le
nom de Vartan pour celui de Vahan. On peut voir, t. 2, p. 234, l. X, §
17, comment Vartan, frère de Vahan et du connétable Vasag, était mort
victime de la perfidie du roi Arsace. Je crois, au sujet de ce mariage,
devoir préférer le témoignage de Moïse de Khoren à celui de Faustus de
Byzance; car si Vahan avait épousé Hormizdokht, il n'aurait pu être
appelé le beau-frère de Méroujan; d'ailleurs Sapor n'avait pu donner
sa sœur qu'au principal chef de ses partisans en Arménie, et il est
évident par le récit des deux historiens arméniens que Méroujan fut
toujours considéré comme occupant le premier rang.--S.-M.]
[Note 565: Moïse de Khoren rapporte (l. 3, c. 36), que Sapor donna
en même temps à Méroujan plusieurs bourgs et diverses possessions en
Perse.--S.-M.]
[Note 566: Voyez t. 2, p. 240, l. X, § 22. Voyez aussi, sur l'origine
de cette famille, tome 1, page 408, note 1, l. VI, § 14. Le nom de
_Camsar_ venait d'un surnom que portait le premier de cette race, qui
était venu s'établir en Arménie. Ce prince, fils de Pérozamad, et
illustre par son courage, avait été blessé dans une bataille livrée
par les Perses au grand _Khakan_ de l'Orient. Comme il avait eu une
portion du crâne emporté dans cette occasion, on lui donna le surnom
de _Camsar_, dérivé des mots persans _Kam_ (moins) et _sar_ (tête),
c'est-à-dire _tête diminuée_ (Mos. Chor., l. 2, c. 84).--S.-M.]
[Note latérale: VII.
[Arsace résiste seul au roi de Perse.]
[Faust. Byz. l. 4, c. 22, 26-43 et 45-49.]]
--[Cependant Arsace réduit à ses seules forces se prépara à soutenir
dignement la lutte périlleuse dans laquelle il était engagé.
Pharandsem, non moins illustre par son courage que par sa beauté,
lui inspirait sans doute une partie de la noble énergie de son ame.
Sans espoir d'être secouru par les Romains, sans moyen de désarmer
la colère de Sapor, il prit le parti de ne devoir son salut qu'à
lui-même. Aussitôt que les chefs des corps d'observation, placés
dans l'Atropatène et à Gandsak-Schahastan, à présent Tauriz, eurent
annoncé l'approche des ennemis, le connétable Vasag, dont la valeur
et l'activité étaient infatigables, disposa tout pour une vigoureuse
résistance. Cependant les soldats de Sapor s'avançaient vers l'Arménie,
sur trois points à la fois. Hazaravoukhd commandait la première armée;
la seconde marchait sous les ordres d'Andékan; le roi lui-même s'était
réservé la troisième. A son exemple, Arsace divisa ses troupes en
trois corps, destinés à faire face à chacune des armées persannes. Le
premier fut confié au connétable; le second à Bagas, frère du roi,
guerrier plus brave que prudent; Arsace garda le commandement du
troisième. Les Persans étaient déja dans l'intérieur du royaume, et
la division commandée par Hazaravoukhd avait passé l'Araxe, quand le
connétable se présenta pour la combattre dans les plaines d'Érével,
au pays de Vanand[567]. Le choc fut terrible; et les Persans vaincus
furent obligés de recourir à la fuite, abandonnant aux Arméniens un
immense butin et tous leurs éléphants. Le même jour, dit-on, le frère
du roi triomphait sur un autre point: il avait rencontré les ennemis
sur les bords septentrionaux du lac de Van à Arhesd[568], où quarante
ans avant, Vatché, père du connétable Vasag, avait défait les Persans,
unis aux rebelles de l'Arménie méridionale[569]. Le général de Sapor
fut tué, laissant une victoire complète aux Arméniens, qui perdirent
de leur côté celui qui les commandait. Bagas, emporté par sa valeur,
s'était précipité au milieu des éléphants: un d'entre eux, qui était
d'une taille extraordinaire, magnifiquement orné, et qui portait les
marques royales, frappa ses regards; il crut que Sapor le montait;
il met pied à terre, s'avance l'épée à la main et le frappe; dans
l'instant même l'éléphant tombe accablé par une grêle de traits, et il
écrase sous lui l'imprudent guerrier. Arsace n'était pas moins heureux
de son côté contre Sapor lui-même. Ce prince s'était posté à Oskha
dans la province de Pasen[570]. Arsace surprit son camp à la faveur de
la nuit, passa au fil de l'épée un grand nombre de ses soldats, et le
contraignit de prendre honteusement la fuite. Sapor résolut, après ce
triple revers, de ne plus envoyer des corps de troupes considérables
en Arménie, mais de harceler ce pays par de continuelles attaques,
ou par de subites invasions, pour détruire en détail les forces de
son adversaire: cette tactique lui réussit mieux. Malgré cela, Vasag,
toujours à la tête des armées royales, ne cessait de faire partout face
aux Persans, volant sans cesse d'une extrémité à l'autre du royaume: on
le voyait sur toutes les frontières, chassant, repoussant, détruisant
les ennemis de son roi; réprimant, punissant les rebelles, et déjouant
ainsi tous les projets de Sapor, dont il rendait la réussite plus que
douteuse. Plus d'une fois même il pénétra sur le territoire persan,
et il y vengea par de sanglantes représailles les maux de l'Arménie.
L'historien contemporain, Faustus de Byzance, a conservé les noms
de tous les chefs[571] persans qui ravagèrent alors l'Arménie par
les ordres de leur roi. Je ne donnerai pas ici le fastidieux récit
d'expéditions toutes semblables, il me suffira de dire que ces généraux
vaincus ou maltraités par les Arméniens furent toujours repoussés
avec perte[572]. Enfin, après quatre ans d'une résistance glorieuse,
signalée par une multitude de combats, l'Arménie intacte semblait
encore défier tous les efforts de ses ennemis. Le traître Méroujan
et ses adhérents, trompés dans leurs espérances criminelles, étaient
obligés de cacher leur honte au milieu des ennemis de leur patrie.
Si Arsace avait eu affaire à un adversaire moins opiniâtre, ou animé
d'une haine moins vive, il aurait pu se tirer avec honneur d'une lutte
aussi inégale. L'Arménie, épuisée, fatiguée de victoires, n'avait plus
les moyens de renouveler ou de continuer une guerre si sanglante:
des armées persannes remplaçaient sans cesse celles qui avaient été
défaites. Arsace faisait encore bonne contenance, mais il ne pouvait
dissimuler sa faiblesse, et le moment fatal où son sort devait se
décider était arrivé.
[Note 567: Ce pays, qui avait été occupé au deuxième siècle avant
notre ère par une colonie de Bulgares, et qui avait pris le nom de
leur chef _Vound_ (Mos. Chor., l. 2, c. 6), faisait partie de la
province d'Ararad et il était voisin du pays de _Pasen_. Voyez mes
_Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie_, t. 1, p. 107 et
108.--S.-M.]
[Note 568: Ce bourg, où il se trouvait une pêcherie royale, était
dans le pays des Peznouniens. Voyez mes _Mémoires historiques et
géographiques sur l'Arménie_, t. 1, p. 26 et 252.--S.-M.]
[Note 569: Il s'agit ici d'une guerre faite à l'Arménie sous le règne
de Chosroës II fils de Tiridate, par le dynaste des Peznouniens, nommé
_Tadapen_ ou _Databès_ révolté contre son souverain (Faust. Byz., l. 3,
c. 8).--S.-M.]
[Note 570: Voyez t. 1, p. 411, note 2, liv. VI, § 14.--S.-M.]
[Note 571: Une grande partie du quatrième livre de Faustus de Byzance,
depuis le chapitre vingt-sixième jusqu'au cinquantième, est consacrée
au récit de ces expéditions. Cet auteur fait connaître vingt-deux
généraux persans différents, sur lesquels nous allons donner quelques
notions sommaires. 1º _Vin_; il revint en Arménie après la prise du roi
Arsace, pour achever la conquête du pays. 2º _Andékan_; différent, à ce
qu'il paraît, de celui qui a été mentionné un peu plus haut; il périt
dans son expédition. 3º _Hazaravoukhd_; il portait le même nom qu'un
autre général défait par le connétable Vasag; il ravagea l'Arzanène,
où il fut aussi vaincu par Vasag. Il périt dans le combat. L'histoire
d'Arménie fait mention de plusieurs généraux persans qui vivaient à
des époques plus modernes et qui s'appelaient de même _Hazaravoukhd_.
4º _Vahridj_; il fut vaincu et tué dans un lieu nommé _Makhazian_,
dont la position est inconnue. 5º _Goumand-Schahpour_; celui-ci était
accompagné du traître Méroujan. 6º _Dehkan-Nahabied_; il était Arménien
et parent des Mamigoniens. 7º _Souren_; issu du sang des Arsacides;
c'est celui dont il a déja été question ci-devant, p. 79, note 2,
liv. XIV, § 15. 8º _Abakan-Vsémakan_. 9º _Zik_; il portait le nom de
chef des messagers (_Noviragabied_) du roi. 10º _Souren_; il était
Persan; c'est celui dont j'ai parlé ci-devant, page 79, note 2, liv.
XIV, § 15. Il fut fait prisonnier. 11º _Hrevscholom_; il était parent
du roi d'Arménie et de la même race, sans doute de la famille des
Arsacides. 12º _Alana-Ozan_; il était aussi de la race des Arsacides.
Il en sera encore question ci-après, p. 290, 393, § 10 et 11. 13º
_Boïekan_; il est qualifié de grand prince persan. Il fut vaincu et
tué auprès de Tauriz, dans l'Atropatène. 14º _Vatchagan_; ce nom fut
porté par plusieurs des rois de l'Albanie Caucasienne. Il est dit que
celui-ci était un des dynastes persans. Il fut vaincu dans le centre de
l'Arménie, auprès du fort de _Darioun_, situé dans le canton de _Gog_,
non loin des sources de l'Euphrate méridional. 15º _Meschkan_; dynaste
persan. 16º _Maridjan_; autre dynaste. 17º _Zindakapied_; je soupçonne
ce nom de n'être qu'un titre, attribué en Perse _au surintendant des
éléphants_. Celui-ci n'est désigné que comme un simple général. 18º Le
grand-maître de la garde-robe du _Sakastan_ (_Anterdsabied Sakesdan_),
pays appelé actuellement _Sedjestan_ ou _Sistan_. _Hanterdsabied_
signifie littéralement en arménien _chef des vêtements_. 19º
_Schabesdan Dagarhabied_, c'est-à-dire _le grand-échanson du
Schabestan_; j'ignore quel est ce pays. 20º _Mogats Anterdsabied_ (le
grand-maître de la garde-robe des mages); la nature et les fonctions
de cette charge me sont également inconnues. 21º _Hamparakabied_ (le
grand-panetier du roi de Perse); il fut vaincu dans la Cordouène,
auprès de la ville de _Salmas_, qui existe encore avec le même nom au
nord-ouest du lac d'Ourmi; et enfin 22º _Merhikan_, qualifié du simple
titre de général.--S.-M.]
[Note 572: Faustus de Byzance, ou plutôt les copistes qui nous
ont transmis son histoire, pour relever d'autant les exploits des
Arméniens, exalte outre mesure les forces des Persans; il ne les compte
que par trois ou quatre cents myriades. Le même esprit d'exagération se
remarque dans tout son ouvrage.--S.-M.]
[Note latérale: VIII.
[Les Arméniens trahissent leur roi.]
[Faust. Byz. l. 4, c. 50.]]
--[Ce que la force n'avait pu, la trahison l'acheva; les secrètes
menées de Sapor obtinrent enfin un plein succès auprès des seigneurs
arméniens. Arsace était dans son camp sur le territoire persan, dans
l'Atropatène, non loin du pays des Caspiens[573], quand il apprit la
défection générale des grands du royaume et de toutes les familles
puissantes. L'exemple fut donné par les dynastes du midi. Tous les
satrapes de l'Arzanène[574], alliés par une origine commune avec la
famille de Méroujan[575], se soulevèrent en même temps, fortifièrent
leurs châteaux, garnirent de murs et de retranchements les issues de
leurs vallées tournées vers l'Arménie, et se réunirent aux troupes du
roi de Perse. On apprit presque aussitôt la révolte de la Gogarène[576]
et des régions voisines situées sur la frontière septentrionale du
royaume, du côté de l'Ibérie[577], vers les rives du Cyrus. Les princes
de Gardman[578] et d'Artsakh[579] en firent autant. La contagion ne
tarda pas à s'approcher du camp d'Arsace; les chefs de la Cordouène
et des cantons voisins passèrent aussi du côté des Perses. Arsace
n'eut bientôt plus les moyens de rentrer dans ses états; il se trouva
cerné sur un territoire étranger. Tant de révolutions répandirent le
désordre et la terreur dans son camp, et les murmures de ses soldats
lui apprirent qu'il ne devait plus compter sur eux au moment du danger.
Les princes mêmes qui ne le trahirent pas, l'abandonnèrent. Salmouth,
seigneur de l'Anzitène[580], et le prince de la Sophène, regardant sa
cause comme perdue et prévoyant tous les maux qui allaient fondre sur
leur patrie, quittèrent le camp et se retirèrent chez les Romains.
[Note 573: Les anciens plaçaient la _Caspiène_, c'est-à-dire le pays
des Caspiens, dans le voisinage de l'Albanie, sur la rive droite du
Cyrus, non loin de son embouchure dans la mer Caspienne, sur les
frontières de l'Atropatène, à l'occident des Cadusiens, qui occupaient
la plus grande partie du Ghilan moderne. Ce territoire semble répondre
au pays qui porte actuellement le nom de Moughan, du côté de la ville
d'Ardebil, dans l'Aderbaïdjan.--S.-M.]
[Note 574: Outre le _pétéaschkh_ de l'Arzanène, Faustus de Byzance, §
4, c. 50, fait encore mention du _pétéaschkh_ de _Norschirag_ et des
familles de _Mahker_ et de _Nihoragan_. Le pays de _Norschirag_ était
sur les bords du Tigre, au nord de Ninive.--S.-M.]
[Note 575: La famille des princes de l'Arzanène, dont le chef portait
par héritage le titre de _pétéaschkh_ (voyez sur cette dignité, t.
2, p. 210, l. X, § 3, et ci-devant, p. 41, note 2, liv. XIII, § 32),
descendait de Sennachérib, roi d'Assyrie, de même que la race des
Ardzouniens, ainsi que nous l'apprend Moïse de Khoren, l. 1, c. 22.
Schareschar, un des descendants de Sanasar, fils de Sennachérib, avait
obtenu de Vagharschak, premier roi arsacide en Arménie, an milieu du
deuxième siècle avant notre ère, le titre de _grand-pétéaschkh_ du
sud-ouest de l'Arménie ou du pays d'_Aghdsen_ qui est l'Arzanène (Mos.
Khor., l. 2, c. 7). Sa postérité était encore en possession de ce pays
dix siècles après; un certain Abelmakhra, qui en était seigneur en l'an
896, en fut dépouillé par un prince arabe nommé Ahmed, qui régnait à
Amid. Voyez mes _Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie_,
t. 1, p. 164.--S.-M.]
[Note 576: Cette province, nommée par les Arméniens _Koukar_, et
située sur les frontières de l'Ibérie, était aussi gouvernée par un
grand _pétéaschkh_. Voyez sur ce pays mes _Mémoires historiques et
géographiques sur l'Arménie_, t. 1, p. 79-86.--S.-M.]
[Note 577: Comme les habitants de la Gogarène étaient pour la plupart
de la même race que les Ibériens ou Georgiens, et que les gouverneurs
militaires ou _pétéaschkh_ de la frontière septentrionale de l'Arménie,
étaient préposés pour défendre le royaume des attaques des Ibériens,
ils étaient souvent appelés commandants militaires ou _pétéaschkh_ de
l'Ibérie, et leur pays recevait de là le nom d'Ibérie. Leur charge
était héréditaire. Les Arméniens appellent les Ibériens _Virk_ et leur
pays _Véria_; c'est sans doute de là que vient le nom d'_Iberia_, que
nous avons reçu des Grecs. Les Ibériens se désignent eux-mêmes par la
dénomination de _Kharthli_.--S.-M.]
[Note 578: Ce pays, situé sur les bords du Cyrus, faisait partie de la
province d'Arménie nommée Otène. Voyez mes _Mémoires historiques et
géographiques sur l'Arménie_, t. 1, p. 87.--S.-M.]
[Note 579: Ce pays était aussi sur les bords du Cyrus, et limitrophe de
l'Albanie. Ce nom d'abord propre à un petit canton, s'étendit ensuite à
une grande partie de l'Arménie orientale. Voyez le même ouvrage, t. 1,
p. 148-152.--S.-M.]
[Note 580: Voyez ci-devant, p. 43, note 1 l. XIII, § 32.--S.-M.]
[Note latérale: IX.
[Fidélité du patriarche Nersès.]
[Faust. Byz. l. 4, c. 51.]]
--[La nouvelle de ces désastres jeta le trouble dans toute l'Arménie:
les seigneurs, les chefs des villes et des campagnes, les gouverneurs
et tous les officiers civils et militaires, se réunirent pour aviser
aux moyens de préserver l'état des grands malheurs qui le menaçaient.
Ils désiraient prévenir l'arrivée des Persans et désarmer Sapor,
en lui envoyant une ambassade solennelle chargée de lui demander
un autre roi, ou de lui livrer l'Arménie sans condition. Cependant
ils n'osaient prendre, de leur chef, une aussi grande résolution;
ils voulaient le consentement du clergé, très-prononcé contre les
Perses; ils souhaitaient surtout que le patriarche Nersès approuvât et
légitimât pour ainsi dire leur démarche. Ils vinrent donc le trouver
dans sa solitude, et lui exposèrent la triste situation du royaume.
«Voilà trente ans[581], lui dirent-ils, qu'Arsace est roi; il ne nous
a jamais laissé une année de repos, jamais nous n'avons pu quitter nos
épées, nos lances et nos cuirasses; épuisés de fatigues, il nous est
impossible de supporter plus long-temps une telle lutte, il vaut mieux
nous soumettre au roi de Perse et imiter ceux de nos compatriotes qui
ont abandonné Arsace, pour se joindre à Sapor. Si le roi veut continuer
la guerre, qu'il aille au combat avec son connétable Vasag et avec
Antiochus, son beau-père; mais, pour sûr, aucun des nôtres ne marchera
plus avec lui.» Les torts et les crimes d'Arsace eussent été plus
grands encore qu'ils ne l'étaient, que Nersès n'aurait pu méconnaître
quels étaient ses devoirs envers son roi, sa religion et son pays:
aussi son langage fut-il bien opposé à ce qu'en attendaient les chefs
arméniens. Le patriarche leur rappela les commandements de Dieu qui
les obligeaient d'obéir à leur maître, sans juger sa conduite: il leur
remontra que le Seigneur avait voulu les éprouver en leur donnant
un prince injuste, mais qu'il n'en était pas moins leur souverain
légitime, que l'Arménie était l'héritage des Arsacides, qu'on leur
devait fidélité jusqu'au bout, et qu'enfin il ne fallait pas, en haine
d'Arsace, livrer le pays à des infidèles; que ce serait trahir la loi
de Dieu, dans laquelle on devait mettre sa dernière espérance. Les
exhortations du saint patriarche furent si efficaces, que les seigneurs
et les chefs arméniens consentirent à se séparer, sans envoyer vers le
roi de Perse, et en abandonnant à Dieu le salut de l'Arménie.
[Note 581: La guerre avait précédé l'avènement d'Arsace, qui, comme
nous l'avons vu, t. 1, p. 406-412, l. VI, § 14, remonte à l'année 338,
et on était alors en l'an 367. Il y avait donc effectivement trente ans
que ce prince occupait le trône d'Arménie.--S.-M.]
[Note latérale: X.
[Arsace est prisonnier de Sapor.]
[Faust. Byz. l. 4, c. 52 et 53.
Mos. Chor. l. 3, c. 34.