Faust. Byz. l. 4, c. 25.]]

--[Ayant ainsi rompu tous les liens qui, en l'attachant à la mémoire

de Constance, l'éloignaient de son successeur, et se trouvant dirigé

par une femme qui avait de si puissants motifs de redouter l'alliance

du roi de Perse, dont elle l'avait déja détaché une fois[545],

Arsace n'eut plus aucune raison qui l'empêchât de seconder de

toutes ses forces l'entreprise de Julien. Ses tergiversations, ses

irrésolutions[546], qui devaient lui venir d'Olympias et du patriarche

Nersès, firent place à des sentiments tous contraires qui lui étaient

sans doute communiqués par Pharandsem. L'empereur n'eut plus besoin

d'ordres pour presser un allié incertain: Arsace devançait ses vœux,

et dans le temps où lui-même descendait l'Euphrate pour aller assiéger

Ctésiphon, le roi d'Arménie se jetait de son côté sur les provinces

de Sapor[547]. L'influence seule de Pharandsem suffit pour expliquer

tous ces changements. La déposition du patriarche fut peut-être encore

un dernier sacrifice destiné à apaiser les soupçons de Julien[548].

Tandis que le comte Sébastien et Procope, à la tête de l'armée de

Mésopotamie, se préparaient à franchir le Tigre, pour appuyer les

opérations de Julien, le roi d'Arménie rassemblait ses soldats pour

faire une irruption dans la Médie, et effectuer sa jonction avec les

généraux romains[549]. Aussitôt que les troupes auxiliaires qu'il

avait demandées aux rois des Huns[550] et des Alains[551] furent

arrivées, il se mit avec le connétable Vasag à la tête de son armée,

et il pénétra dans l'Atropatène[552], où il mit tout à feu et à sang.

Ammien Marcellin, qui raconte les ravages commis par Arsace dans le

canton de la Médie, qu'il appelle Chiliocome[553], est le garant de la

véracité de l'historien arménien Faustus de Byzance. Les succès du roi

d'Arménie rendirent plus périlleuse la situation du monarque persan

et les inquiétudes de Sapor furent telles, qu'au moment même où il

voyait ses états sur le point d'être envahis par un ennemi bien plus

formidable en apparence, qui menaçait déja la capitale de l'empire,

il se crut obligé de se porter d'abord contre les Arméniens. Durant

tout le temps que Julien fut sur le territoire persan, Sapor resta

dans la Persarménie[554], sans pouvoir y obtenir aucun avantage sur

les Arméniens, qui le battirent même dans les environs de Tauriz[555].

Sa position devenait tous les jours plus critique. La marche rapide

de Julien l'alarmait. Ce monarque, en faisant sa jonction avec les

troupes qu'il avait laissées en Mésopotamie, allait se trouver en

communication avec Arsace[556]; et Sapor qui n'était pas en mesure de

résister aux trois armées réunies, n'aurait pu empêcher l'empereur de

s'avancer en vainqueur dans l'intérieur de la Perse[557]. Le prince

sassanide fit alors partir de son camp dans la Persarménie, le général

Suréna, pour entrer s'il était possible en négociation avec les

Romains, et bientôt après traversant les montagnes des Curdes, il se

dirigea, avec la meilleure partie de ses forces, vers l'Assyrie, pour

faire en personne tête à l'orage. Il s'approchait à grandes journées du

Tigre, quand Julien fut tué[558].

[Note 545: Voy. t. 2, p. 233 et 235, liv. X, § 16 et 17.--S.-M.]

[Note 546: Voy. ci-devant, p. 37-43, l. XIII, § 31 et 32.--S.-M.]

[Note 547: _Chiliocomum mandatu vastaverat principis._ Amm. Marc. l.

25, c. 7. Voyez ci-devant, p. 163, l. XV, § 11.--S.-M.]

[Note 548: Voy. ci-devant, page 39, note 4, liv. XIII, § 31.--S.-M.]

[Note 549: _Mandabatque (Julianus) eis, ut si fieri potius posset, Regi

sociarentur Arsaci: cumque eo per Corduenam et Moxoenam, Chiliocomo

uberi Mediæ tractu, partibusque aliis præstricto cursu vastatis,

apud Assyrios adhuc agenti sibi concurrerent, necessitatum articulis

adfuturi._ Amm. Marc. l. 23, c. 3.--S.-M.]

[Note 550: Cette indication est de Faustus de Byzance, l. 4, c. 25. Les

Huns qui ne semblent paraître pour la première fois dans l'histoire

du Bas-Empire qu'en l'an 376, d'une manière un peu importante, sont

connus depuis une époque plus ancienne par les auteurs arméniens; ce

qui n'est pas étonnant, puisque les Arméniens étaient plus voisins

des pays qu'ils habitaient. Leurs historiens font mention des guerres

que leur roi Tiridate qui régna depuis l'an 259 jusqu'en 312, soutint

contre ces peuples qui avaient fait une irruption en Arménie. J'ai déja

remarqué, t. 2, p. 177, n. 1, l. IX, § 30, qu'il était bien probable

que la nation alliée des Perses qui est appelée _Chionitæ_ par Ammien

Marcellin, (l. 16, c. 9, l. 17, c. 5, et l. 19, c. 1 et 2) était la

même que celle des Huns qui s'était mise alors à la solde du roi de

Perse comme nous la voyons maintenant au service du roi d'Arménie. Il

est bien probable que les Huns n'étaient pas plus inconnus aux Persans

qu'aux Arméniens. Les Huns étaient des peuples semblables aux Alains,

aux Massagètes et aux autres nations établies entre le Pont-Euxin et la

mer Caspienne, qui, soit isolément, soit ensemble, passaient souvent

le mont Caucase, pour combattre ou pour servir les rois et les peuples

qui se trouvaient au-delà de cette montagne. Nous aurons d'autres fois

occasion de faire la même remarque.--S.-M.]

[Note 551: Les auteurs anciens et les Arméniens nous apprennent

que les Alains erraient autrefois dans les vastes plaines désertes

qui s'étendent au nord du mont Caucase. Ils faisaient de là de si

fréquentes incursions au midi de cette montagne, que le grand défilé

qui la traverse vers le milieu, en reçut chez les Arméniens le nom

de _porte des Alains_. Il est certain qu'ils étaient établis, dès le

premier siècle de notre ère, dans ces régions. Vers cette époque,

ils firent dans l'Arménie une grande invasion qui est relatée dans

l'histoire de Moïse de Khoren (l. 2, c. 47). La guerre se termina

par une alliance entre les deux nations et le roi d'Arménie épousa

Sathinik, fille du roi des Alains. Dans la suite, les enfants du roi

d'Arménie passèrent le Caucase pour aller soutenir les droits du frère

de Sathinik contre un usurpateur qui lui disputait son héritage (Mos.

Chor., l. 2, c. 49). Une des familles nobles de l'Arménie, qui portait

le nom d'_Aravélienne_, était Alaine d'origine (Mos. Chor., l. 2, c.

55).--S.-M.]

[Note 552: Ce pays portait, en arménien et en persan, le nom

d'_Aderbadegan_, on l'appelle à présent _Aderbaïdjan_. (Voyez t. 1,

p. 408, note 3, liv. VI, § 14). Cette région fut long-temps gouvernée

par des rois particuliers, dont les derniers furent de la race des

Arsacides; ensuite, selon les diverses fortunes de la guerre, elle

appartint en tout ou en partie aux Persans ou aux Arméniens. Quand ces

derniers en étaient les maîtres, ils y entretenaient pour la garde de

cette frontière, un officier qui résidait dans la ville de Tauriz, dont

il sera question ci-après dans la note 4. (Faust. Byz., l. 4, c. 21, et

l. 5, c. 4 et 5. Mos. Chor., l. 2, c. 84).--S.-M.]

[Note 553: Voyez ci-devant, p. 163, l. XV, § 11.--S.-M.]

[Note 554: Voyez ci-devant, p. 158, note 2, liv. XV, § 9.--S.-M.]

[Note 555: Cette ville, qui a été décrite par un grand nombre de

voyageurs, est capitale de l'Aderbaïdjan, l'Atropatène des anciens, et

actuellement la résidence du prince héritier du royaume de Perse. Elle

porte encore le même nom. Cependant on l'appelle plus ordinairement

_Tébriz_; c'est ainsi qu'elle est désignée dans les livres persans;

l'autre dénomination est plus en usage dans le peuple et parmi les

Arméniens, chez lesquels la prononciation de ce nom a varié plusieurs

fois; car on le trouve dans leurs écrits sous les formes _Thavresch_ et

_Tavrej_. Les Arméniens expliquent d'une manière fabuleuse l'origine

de ce nom; le vrai est qu'on l'ignore. Peut-être est-il venu de la

Perse; car le véritable nom de cette ville, chez les Arméniens, était

_Kandsak_ ou _Gandsak_, qui paraît dans les auteurs anciens et dans les

byzantins, sous les formes Γάζα, Γάζακα, Γαζακὸν, et Καντζάκιον. Ιl

serait possible que cette dénomination lui vînt de ce que les trésors

des rois du pays y étaient déposés; car le mot _Gaza_, qui se trouve

avec ce sens dans le grec et le latin, existe aussi dans les langues

orientales. _Kenz_, en persan et en arabe, et _Gandz_, en arménien, ont

la même signification. On pourrait trouver dans les temps modernes des

exemples de dénominations analogues. Pour distinguer cette ville d'une

autre cité du même nom, située dans l'Arménie septentrionale, non loin

du Cyrus, et voisine de l'Albanie, ils l'appellent _Gandsak Schahasdan_

ou _Gandsak Aderbadakani_, c'est-à-dire _Gandsak royale_ ou _Gandsak de

l'Aderbadagan_. Elle devait encore à sa magnificence et à sa force les

surnoms de _Seconde Ecbatane_ et de _ville aux sept enceintes_. Voyez

mes _Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie_, t. 1, p.

129.--S.-M.]

[Note 556: Voyez ci-devant, p. 126, l. XIV, § 39.--S.-M.]

[Note 557: Voyez ci-devant, p. 120, l. XIV, § 35; p. 157, et p. 158,

note 2, l. XV, § 9.--S.-M.]

[Note 558: J'ai déjà fait voir, p. 158, note 2, que le roi de Perse

n'était pas encore arrivé en présence des Romains quand Julien fut tué.

Aux autorités que j'y ai déja alléguées, on peut joindre encore ce

passage dans lequel Ammien Marcellin rapporte, l. 25, c. 7, que le roi

avait été informé, pendant qu'il s'approchait, des pertes éprouvées par

son armée avant son arrivée. _Rex Sapor et_ PROCUL ABSENS, ET CUM PROPÈ

VENISSET, _exploratorum perfugarumque veris vocibus docebatur fortia

facta nostrorum, fœdas suorum strages, et elephantos, quot numquam rex

antè meminerat, interfectos_.--S.-M.]

[Note latérale: VI.

[Sapor attaque l'Arménie.]

[Amm. l. 25, c. 7 et l. 27, c. 12.

Faust. Byz. l. 4, c. 21.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 216 / 354 题