Lampadius lui succéda dans la préfecture de Rome. C'était ce préfet
du prétoire déposé sous Constance pour les fourberies dont il fut
convaincu dans l'affaire de Silvanus. Il avait gagné les bonnes graces
de Valentinien par une affectation de sévérité et une apparence de
vertu. Vain et avide de louanges jusqu'au ridicule, il cherchait
occasion de rétablir les anciens monuments pour y faire graver en son
honneur des inscriptions pompeuses, comme s'il en eût été le fondateur.
Tous les frontispices, toutes les murailles des édifices publics
portaient en gros caractère le nom de Lampadius; et la plaisanterie
de Constantin, qui pour une semblable raison appelait Trajan l'herbe
pariétaire[524], lui aurait été beaucoup mieux appliquée. Sa vanité lui
fit faire un jour une action qui n'avait besoin que d'un autre motif,
pour être très-digne d'éloge. Étant préteur, il donnait un magnifique
spectacle: après qu'il eut répandu beaucoup de largesses, comme le
peuple ne cessait de demander des libéralités pour les comédiens, pour
les cochers du cirque, pour les gladiateurs, voulant montrer en même
temps sa générosité et le mépris qu'il faisait des recommandations
populaires, il assembla tous les mendiants qui avaient coutume de
se tenir aux portes de l'église de Saint-Pierre au Vatican, et leur
distribua des sommes considérables. Sa préfecture fut troublée par
plusieurs séditions: il y en eut une dans laquelle il pensa périr; et
il l'aurait bien mérité, s'il était jamais permis à ceux qui doivent
obéir, de se venger par eux-mêmes des injustices de leurs supérieurs.
Comme il faisait bâtir ou réparer quantité d'édifices, au lieu d'y
employer les fonds destinés à cet usage, il envoyait par la ville ses
officiers, qui prenaient chez les marchands les matériaux nécessaires
qu'on refusait ensuite de payer. Le peuple irrité de ce brigandage,
s'étant attroupé autour de sa maison, allait y mettre le feu, s'il
n'eût été dissipé à coups de pierres et de tuiles, dont on l'accablait
du haut des toits. Comme il revenait en plus grand nombre, le préfet
prit le parti de s'évader; il demeura caché hors de Rome, jusqu'à ce
que la fureur du peuple fût apaisée.
[Note 524: Voyez t. 1, p. 306, liv. IV, § 82.--S.-M.]
[Note latérale: LX.
Schisme d'Ursinus.
Amm. l. 27, c. 3 et 9.
Hier. cont. Joann. Hieros. § 8, t. 2, p. 415, et chron.
Socr. l. 4, c. 29.
Soz. l. 6, c. 23.
Baron. ann. 368, 369.
Pagi, in Baron.