Le plus renommé des magistrats de ce temps est L. Aurélius Avianius
Symmachus, père de celui dont il nous reste dix livres de lettres. Il
fut vicaire de Rome, préfet de la même ville, consul subrogé, et revêtu
des premières dignités sacerdotales. Il était savant et modeste. Les
païens révéraient sa vertu; les chrétiens honoraient sa probité et ses
talents. Le sénat l'avait plusieurs fois député aux empereurs; et nous
avons vu qu'étant allé trouver Constance à Antioche, il s'était attiré
l'estime de toute la ville. Il était toujours le premier consulté dans
les délibérations du sénat: son autorité, ses lumières, son éloquence
lui donnaient le premier rang dans cette célèbre compagnie. Ce fut à
la requête du sénat que dans la suite Gratien et Valentinien II lui
firent élever une statue dorée, dont l'inscription qui s'est conservée
jusqu'à nos jours, forme un éloge complet. Valens lui en fit ériger une
semblable à Constantinople. Sa préfecture fut un temps de tranquillité
et d'abondance[522]. Il fit construire à Rome un pont magnifique, qui
communiquait de la ville à l'île du Tibre; c'est, selon l'opinion
commune, le pont de Saint-Barthélemi, nommé dans l'ancienne inscription
le pont de Gratien, qui fut achevé trois ou quatre ans après la
préfecture de Symmaque[523]. Tant de services furent trop tôt oubliés.
Quelques années après, un misérable de la lie du peuple s'avisa de
débiter dans Rome, qu'il avait ouï dire à Symmaque qu'il aimait mieux
perdre son vin, que de le vendre au prix auquel le peuple désirait que
le vin fût vendu cette année. Sur ce rapport, sans autre preuve, le
peuple alla mettre le feu à la maison de cet illustre sénateur, située
au-delà du Tibre. Ce bel édifice fut réduit en cendres, et Symmaque
oblige de s'enfuir. Il revint bientôt après avec un nouvel éclat, à la
prière du sénat, qui lui avait fait une députation. Il vivait encore
en 381; et il eut un avantage que la nature a refusé à la plupart des
grands hommes; ce fut de laisser un fils héritier de ses rares qualités.
[Note 522: Il fut préfet en l'an 364 et 365.--S.-M.]
[Note 523: L'inscription de ce pont se rapporte à l'an 369.--S.-M.]
[Note latérale: LIX.
Lampadius.