Amm. l. 27, c. 3 et 7.]

La conduite des magistrats du premier ordre contribuant beaucoup soit

à la force et à la gloire, soit au déshonneur et à l'affaiblissement

des empereurs et des empires, l'histoire ne doit point oublier ceux

qui se sont rendus célèbres par leurs vertus ou par leurs vices. Les

monuments de ces temps-là nous en font connaître un assez grand nombre,

qui méritent de la postérité des éloges ou des censures. Mamertinus,

qui avait joué un si grand rôle sous le règne de Julien, se maintint

encore dans la préfecture de l'Italie et de l'Illyrie pendant la

première année du règne de Valentinien[518]. Mais il fut déposé dès

l'année suivante, et peu de temps après accusé de péculat. Ammien

Marcellin ne dit pas quel fut le succès de cette accusation, et son

silence même forme un fâcheux préjugé contre ce préfet, que l'historien

sans doute a voulu ménager, par honneur pour la mémoire de Julien.

C'est encore une chose digne de remarque, que cet auteur nommant tant

de fois Mamertinus, ne lui donne jamais de louange; ce qui suffit dans

les circonstances pour faire soupçonner que ce favori de Julien n'en

méritait aucune. Vulcatius Rufinus, son successeur dans la préfecture

d'Italie, s'était acquis l'estime publique pendant le cours d'une

longue vie; on le regardait comme un homme parfait. Mais il déshonora

sa vieillesse par une extrême avidité qui le rendait peu délicat sur

les moyens d'acquérir, pourvu qu'il espérât pouvoir cacher ses rapines.

Il obtint de Valentinien le rappel d'Orfitus, préfet de Rome. Celui-ci

avait été condamné comme coupable de péculat sur l'accusation de

Térentius. Ce Térentius est un exemple des jeux bizarres de la fortune.

C'était un boulanger de Rome, qui devint gouverneur de la Toscane[519].

On raconte à son sujet un événement plus assorti au caractère et à la

condition du personnage, qu'à la dignité de l'histoire. Quelques jours

avant qu'il arrivât en Toscane, un âne était monté en présence de tout

le peuple sur le tribunal dans la ville de Pistoie [_Pistoria_], et s'y

était mis à braire de toutes ses forces: ce qu'on ne manqua pas de se

rappeler comme l'annonce du magistrat futur, lorsqu'on vit Térentius

assis sur le même tribunal[520]. Cet homme hardi et sans honneur

fut, quelques années après, convaincu d'avoir fabriqué des actes, et

condamné à mort comme faussaire[521].

[Note 518: Il nous reste un panégyrique de Julien composé par

Mamertinus; il en a déjà été question, t. 2, p. 405; liv. XII, §

11.--S.-M.]

[Note 519: De la Toscane Annonaire, _Tuscia Annonaria_. La Toscane

était alors divisée en deux provinces distinguées par les surnoms

d'Annonaire et d'Urbicaire. L'une, _Annonaria_, fournissait des vivres

à Rome; l'autre, _Urbicaria_, devait son nom à sa position voisine

de Rome. On voit, par une loi de Valentinien, que Térentius était en

charge le 28 mai 365.--S.-M.]

[Note 520: La ville de Pistoie se nommait _Pistoria_, et Térentius

avait été boulanger (_pistor_).--S.-M.]

[Note 521: Vers l'an 374. Claudius Julius Ædésius Dynamius était préfet

de Rome, comme l'indique Ammien Marcellin, l. 27, c. 3, _regente

Claudio Romam_.--S.-M.]

[Note latérale: LVIII.

Symmaque préfet de Rome.

Amm. l. 27, c. 3.

Symm. l. 1, ep. 38 et in auct. ep. 1 et 6.

Grut. inscr. p. 370, nº 3.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 205 / 354 题