La nuit fit cesser le carnage. Les vainqueurs ayant pris du repos,
Jovinus les fit sortir du camp aux approches du jour. Voyant que les
Barbares s'étaient retirés à la faveur des ténèbres, il se mit à leur
poursuite. Ils avaient pris trop d'avance et quelque diligence qu'il
fit, il ne put les atteindre. Comme il revenait sur ses pas, il apprit
qu'une cohorte[514] qu'il avait détachée pour aller piller le camp des
Allemans, y avait surpris le roi de cette nation peu accompagné, et
que, s'en étant saisie, elle l'avait pendu à un gibet. Indigné contre
le tribun, il allait le condamner à mort, si cet officier n'eût été
disculpé par les soldats mêmes, qui protestèrent que c'était sans
ordre et par un emportement militaire, qu'ils avaient usé de cette
vengeance, Jovinus, après tant de glorieux succès, revint à Paris, où
l'empereur était déja retourné[515]. Valentinien alla au-devant de
lui, et le nomma consul pour l'année suivante[516]. Il y eut encore
pendant celle-ci contre divers partis d'Allemans plusieurs actions
moins considérables, et que l'histoire n'a jugé dignes d'aucun détail.
Cette campagne fit respecter à ces Barbares les limites de l'empire, et
mit la Gaule à couvert de leurs incursions. L'empereur passa l'hiver
à Rheims[517], pour être plus à portée de veiller à la sûreté de la
frontière.
[Note 514: Cette cohorte portait le nom d'_Ascarii_. Il en est
question dans la _Notice de l'empire d'Occident_, rédigée sous le
règne de Théodose le jeune; elle y est placée avec les cohortes
Hérules et Bataves, parmi les troupes désignées sous le nom d'_Auxilia
palatina_.--S.-M.]
[Note 515: On a des lois de Valentinien, rendues dans cette ville, et
datées des 7 avril, 17 mai et 14 juin.--S.-M.]
[Note 516: Ammien Marcellin remarque qu'à la même époque Valentinien
reçut la tête de Procope, qui lui était envoyée par Valens. On a déjà
remarqué que Procope périt le 27 de mai de l'an 366.--S.-M.]
[Note 517: Il était dans cette ville le 8 octobre.--S.-M.]
[Note latérale: LVII.
Caractère des divers magistrats de ce temps-là.