Victoires de Jovinus.]

Jovinus n'avait pas moins de circonspection et de prudence que de

bravoure et d'activité. Marchant en ordre de bataille, toujours

attentif à couvrir ses flancs dans la crainte de quelque embuscade,

il arriva près de Scarponna. Ce n'est maintenant qu'un hameau nommé

Charpeigne à une lieue au-dessus de Pont-à-Mousson[508]. Il y surprit

les ennemis qui n'eurent pas le temps de se mettre en défense, et par

une attaque prompte et vigoureuse il détruisit entièrement ce corps

de troupes. Profitant du premier succès, il s'avança vers un autre

corps, qui, après avoir pillé les villages voisins, campait près de

la Moselle[509]. S'en étant approché au travers d'un vallon couvert

de bois, il trouva les Allemans dispersés sur les bords du fleuve;

les uns se baignaient, les autres peignaient leur longue chevelure,

et travaillaient à lui donner, selon leur coutume, une couleur rousse

et ardente[510]; la plupart s'amusaient à boire ensemble. Il fait à

l'instant sonner la charge, et tandis que les ennemis poussant des

cris menaçants courent à leurs armes et s'empressent de former leurs

bataillons, il fond sur eux et les taille en pièces. Il ne s'en sauva

qu'un petit nombre à la faveur des défilés et des forêts. Ces deux

corps étant entièrement défaits, il en restait un troisième beaucoup

plus nombreux, qui ayant pénétré plus avant dans le pays, était campé

près de Châlons-sur-Marne[511]. Jovinus, pour achever sa victoire,

marche promptement de ce coté-là, et trouve les ennemis bien préparés

à le recevoir. S'étant campé avantageusement, il fait reposer ses

soldats. Dès que le jour paraît, il range son armée en bataille. Elle

était inférieure en nombre; mais le général sut par la disposition

de ses troupes masquer ce désavantage. Au signal donné les deux

armées s'ébranlent. Les Allemans parurent d'abord effrayés à la vue

des enseignes de leur nation[512], qu'ils apercevaient dans l'armée

romaine; ils s'arrêtèrent, mais bientôt le désir de la vengeance les

enflammant d'un nouveau courage, ils en vinrent aux mains. On se battit

tout le jour. La victoire n'aurait pas été si long-temps disputée, sans

la lâcheté du commandant des troupes légères, nommé Balchobaudes[513],

officier aussi fanfaron hors de l'action que poltron dans l'action

même. Dans le fort du combat, il se retira avec sa troupe. Un si

mauvais exemple pouvait rendre cette journée funeste à l'empire; mais

les autres corps continuèrent à combattre avec tant de valeur, qu'ils

tuèrent aux ennemis six mille hommes, et en blessèrent quatre mille;

ils en eurent de leur coté douze cents de tués et deux cents de blessés.

[Note 508: On trouve cependant un endroit nommé Scarponne dans le

département de la Meurthe, sur la rive gauche de la Moselle et sur la

route de Nancy à Pont-à-Mousson, à peu prés à égale distance de ces

deux villes. L'Itinéraire d'Antonin, p. 365, place _Scarponna_ à 10

milles de Toul (_Tullum_) et à 12 milles de _Divodurum_ ou Metz. Voyez

la _Notice de la Gaule_, par d'Anville, p. 587.--S.-M.]

[Note 509: Ammien Marcellin ne nomme pas cette rivière, il se contente

de dire _propè flumen_.--S.-M.]

[Note 510: _Quosdam comas rutilantes ex more._ Amm. Marc. l. 27, c.

2.--S.-M.]

[Note 511: Dans les champs Catalauniques, _propè Catelaunos_, dit

Ammien Marcellin, l. 27, c. 2. Ces plaines furent illustrées depuis par

la défaite d'Attila.--S.-M.]

[Note 512: _Sueta vexillorum splendentium facie territi stetere

Germani._ Amm. Marc. l. 27, c. 2.--S.-M.]

[Note 513: _Balchobaudes Armaturarum tribunus._ Amm. Marc. l. 27, c.

2.--S.-M.]

[Note latérale: LVI.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 203 / 354 题