L'empereur, qui s'était avancé jusqu'à Rheims, n'eut pas plus tôt
appris cette fâcheuse nouvelle, qu'il se rendit au lieu du combat.
Ayant rallié ses soldats dispersés, il s'informa avec soin du détail
de l'action. Il reconnut que la cohorte des Bataves avait été la
première à fuir. Il ordonna aussitôt à toute l'armée de prendre les
armes; et l'ayant assemblée dans une plaine voisine, après avoir
déchargé sa colère sur les Bataves par des reproches sanglants, il
leur commanda de mettre bas les armes; il les déclara esclaves, et
permit à quiconque voudrait de les acheter et de les transporter où
il jugerait à propos. Les Bataves consternés et couverts d'opprobres
restaient immobiles. Alors toute l'armée se prosterne aux pieds de
l'empereur; elle le supplie de ne pas éterniser par cet affront la
mémoire de leur défaite. Tous les soldats protestent pour eux et pour
les Bataves, qu'ils sont prêts à laver leur honte dans le sang des
ennemis. Valentinien se laissa fléchir, et les sommant de leur parole,
il mit à leur tête Jovinus, général de la cavalerie, avec ordre d'aller
chercher les Allemans qui s'étaient divisés en trois corps séparés l'un
de l'autre[507].
[Note 507: Ammien Marcellin rapporte, l. 27, c. 2, qu'à la nouvelle
de cette défaite, Dagalaïphe partit de Paris d'après l'ordre de
Valentinien, pour marcher contre les Barbares; mais qu'il revint
bientôt sans les avoir rencontrés, ou même sans les avoir attaqués. Il
y a confusion dans cet auteur, il ne peut y être question d'un fait
arrivé après que les Allemans eurent passé le Rhin au mois de janvier,
puisqu'il dit que bientôt après Dagalaïphe fut nommé consul. Il est
évident qu'il s'agit, dans cette occasion, de la première invasion
des Allemans à la fin de l'an 365. Voyez sur ce point Tillemont
(Valentinien, note 23).--S.-M.]
[Note latérale: LV.