Ce qui peut encore beaucoup adoucir les couleurs dont Ammien Marcellin
s'est étudié à peindre en général les cruautés de Valens, c'est que cet
historien, amateur des détails, ne désigne en particulier aucun de ceux
qui furent les victimes de cette prétendue inhumanité. Il ne cite que
trois rebelles qui étaient en effet les plus coupables; mais ces trois
exemples prouvent plutôt la clémence que la cruauté de Valens. Araxius,
préfet du prétoire, obtint grace de la vie à la prière de son gendre
Agilon; il fut seulement relégué dans une île, d'où il revint même
bientôt après[498]. Valens envoya à Valentinien Euphrasius, maître
des offices, et Phronémius préfet de Constantinople, pour décider de
leur sort. Euphrasius obtint le pardon; Phronémius fut exilé dans
la Chersonèse[499]; et la différence de traitement dans deux causes
pareilles doit être attribuée, selon Ammien Marcellin, à l'amitié
dont Julien avait honoré Phronémius. Cet historien toujours zélé pour
la gloire de Julien, dont il avait fait son héros, et mécontent de
Valentinien et de Valens qui le laissèrent sans emploi, suppose que
ces deux empereurs haïssaient ce prince, parce qu'ils ne pouvaient
l'égaler[500], et qu'ils poursuivirent sa mémoire dans la personne de
ses amis, aussi-bien que dans ses établissements qu'ils prenaient à
tâche d'abolir.
[Note 498: D'où il s'échappa bientôt après, _breve post tempus evasit_.
Ammian. Marc. l. 26, c. 10.--S.-M.]
[Note 499: _Chersonesum deportatur._ Dans la Chersonèse Taurique
sans doute. Un exil dans ce pays était regardé comme un châtiment
très-rigoureux.--S.-M.]
[Note 500: _Inclementius in eodem punitus negotio, ea re quod divo
Juliano fuit acceptus: cujus memorandis virtutibus ambo fratres
principes obtrectabant, nec similes ejus nec suppares._ Amm. Marc. l.
26, c. 10.--S.-M.]
[Note latérale: LI.
Ruine des murs de Chalcédoine.
Them. or. 11, p. 151 et 152.
Socr. l. 4, c. 8.
Soz. l. 6, c. 9.
Zon. l. 13, t. 2, p. 32.