La conduite de Valens, à l'égard des partisans de Procope, est un
problème historique qu'il n'est pas aisé de résoudre. Ammien Marcellin
et Zosime font une affreuse peinture des rigueurs qui furent exercées
à cette occasion. Selon ces auteurs, non-seulement on fit la recherche
de tous ceux qui avaient prêté du secours au rebelle, qui avaient
participé à ses conseils, qui avaient eu connaissance du complot sans
en donner avis; mais on n'épargna même ni leurs parents, ni leurs
amis, quelque innocents qu'ils fussent. On ne distingua ni l'âge ni
la dignité. L'empereur prêtait l'oreille avec empressement à cette
foule de scélérats, toujours prêts à dénoncer ceux dont ils espèrent
les dépouilles. On épuisa la cruauté des bourreaux. Ceux que le prince
traita avec plus d'indulgence, furent proscrits, exilés: on vit des
personnes illustres par leur naissance et par leurs emplois passés,
réduites à vivre d'aumônes. Le sang ne cessa de couler, que quand
l'empereur et ses courtisans furent rassasiés de confiscations et de
carnage; et la victoire de Valens devint une calamité publique. D'un
autre côté, Thémistius, dans un discours qu'il prononça peu de temps
après, fait le plus grand éloge de la clémence de Valens à l'égard
des vaincus. Il est vrai qu'un panégyriste ne mérite guère d'en être
cru sur sa parole, surtout lorsqu'il parle devant le prince, dont
la présence anime la flatterie et déconcerte la vérité: mais avec
Thémistius s'accorde Libanius dont l'autorité est ici d'un tout autre
poids, que dans les louanges qu'il prodigue à Julien. Ce sophiste ne
devait pas aimer Valens, déclaré contre sa cabale, et qu'il accuse
même d'avoir cherché l'occasion de le faire périr. Cependant, et dans
l'histoire qu'il a laissé de sa propre vie, et dans deux discours
composés après la mort de Valens, il lui rend ce témoignage, qu'il
épargna les amis du tyran, et qu'il ne marqua aucun ressentiment contre
la ville de Constantinople, quoique cette ville, ayant outragé le
prince par des écrits et par des décrets injurieux, ne dût s'attendre
qu'à des châtiments. Il attribue même la mort de son disciple
Andronicus à tout autre qu'à l'empereur.
[Note latérale: XLIX.
Histoire d'Andronicus.