A la nouvelle de ce succès inespéré, l'empereur partit de Sardes, pour
marcher au-devant de Procope en Phrygie. Il se livra le 27 de mai
près de Nacolia une seconde bataille[491]. C'était le sort du rebelle
d'être trahi par ses généraux. Agilon, aussi perfide que Gumoaire,
voyant le combat engagé, court à toute bride se jeter dans l'armée de
Valens; son exemple entraîna des bataillons entiers, qui baissant leurs
enseignes, passent leurs boucliers sous leurs bras, ce qui était un
signe de désertion, et se rendent à l'empereur. Procope abandonné prend
la fuite; il gagne les bois et les montagnes voisines, suivi de deux
de ses officiers, Florentius et Barchalba[492], que la nécessité plutôt
que l'inclination avait engagés dans son parti[493]. Ils errèrent toute
la nuit, toujours dans la crainte d'être poursuivis et reconnus à la
clarté de la lune. Enfin, Procope abattu de fatigue et de douleur,
descend de cheval et se jette au pied d'un rocher. Là plongé dans une
tristesse mortelle, il déplorait son infortune et la perfidie de ses
officiers, lorsque ses deux compagnons, craignant de partager avec lui
ses derniers malheurs, le saisissent, l'attachent avec les courroies
de son cheval, et au point du jour l'amènent au camp, et le présentent
à l'empereur. Ce malheureux, sans proférer une parole ni lever les
yeux, attendit le coup mortel, qui lui trancha la tête, et abattit
en même temps la rébellion[494]. Valens, dans le premier accès de sa
colère, fit massacrer Florentius et Barchalba[495], dont la trahison,
quoique odieuse, ne méritait pas la mort, si Procope n'était qu'un
traître et un rebelle. Ainsi périt Procope, âgé de près de quarante et
un ans[496]. Sur la foi des astrologues il s'était flatté de parvenir
au comble de la grandeur: après sa mort ces imposteurs, pour sauver
l'honneur de leur science chimérique, publièrent qu'ils avaient entendu
le comble des maux et non pas de la fortune.
[Note 491: Selon la chronique Paschale, p. 301, Procope fut défait et
pris le 20 juin.--S.-M.]
[Note 492: Ce dernier s'était distingué selon Ammien Marcellin,
l. 26, c. 9, dans les cruelles guerres survenues sous le règne de
Constance. _Quem per sævissima bella jam inde a Constantii temporibus
notum._--S.-M.]
[Note 493: _Necessitas in crimen traxerat, non voluntas._ Amm. Marc. l.
26, c. 9.--S.-M.]
[Note 494: Selon Socrate, l. 4, c. 5, Valens aurait fait écarteler
Procope en ordonnant de lui attacher les jambes à des branches d'arbres
rapprochées avec violence. Le récit d'Ammien Marcellin, ainsi que ceux
de Zosime et de Philostorge, font voir que c'est une fable indigne de
confiance. Il serait possible cependant que Valens eût fait traiter
ainsi le cadavre de Procope, ce qui aurait donné naissance à ce récit,
qui a été répété par Theophanes, p. 47, et par Zonare, l. 13, t. 2, p.
32.--S.-M.]
[Note 495: Socrate, l. 4, c. 5, substitue Gumoaire et Agilon à ces deux
tribuns. Il leur fait subir un supplice semblable à celui qu'il avait
déjà attribué à Procope. Cette erreur a été copiée par Sozomène, l. 6,
c. 8, et par Nicéphore Calliste, l. 11, c. 4.--S.-M.]
[Note 496: Il avait quarante ans et dix mois, selon Ammien Marcellin,
l. 26, c. 9. _Excessit vitâ Procopius anno quadragesimo, amplius
mensibus decem._ Il était donc né en l'an 325.--S.-M.]
[Note latérale: XLVII.
Mort de Marcellus.
Amm. l. 26, c. 10.