Dès que la saison permit de tenir la campagne, Valens, ayant reçu les
nouvelles troupes que lui amenait Lupicinus, partit d'Ancyre, et mit
garnison dans Pessinunte, pour conserver ce pays dans l'obéissance.
Le rebelle mettait l'artifice en usage autant que la force des armes:
conduisant avec lui dans sa litière la fille de Constance et sa mère
Faustine, il animait les soldats à la défense d'une veuve et d'une
orpheline, dont il se disait le parent et le protecteur. Valens, à
dessein de surprendre Gumoaire cantonné dans la Lydie[490], prit sa
route par des chemins rudes et difficiles, au pied du mont Olympe.
Pour opposer à Procope un général rusé et artificieux, il attira à
son service Arbétion irrité du pillage de ses biens, et le mit à la
tête de ses troupes. Il ne fut pas long-temps sans avoir sujet de
s'en applaudir. Les deux armées se rencontrèrent près de Thyatire en
Lydie. Arbétion par de sourdes pratiques débaucha un grand nombre
de soldats, qui se rendirent à son camp et l'instruisirent de l'état
des ennemis. Il corrompit Gumoaire lui-même, qui aurait pu éviter une
action et se retirer sans aucun risque. Le combat s'étant engagé, le
jeune Hormisdas, fidèle au parti qu'il avait embrassé, fit des prodiges
de valeur, et malgré la trahison du général, il balançait la victoire.
Alors, Arbétion quittant son casque et montrant ses cheveux blancs:
_Enfants_, cria-t-il aux soldats ennemis, _reconnaissez votre père:
vous avez la plupart servi sous mes ordres; joignez-vous à un général
de qui vous avez appris à vaincre, plutôt que de vous perdre avec un
brigand dont la ruine est assurée. Vous n'avez point d'autre empereur
que Valens._ A ces paroles on entend de toutes parts répéter dans
l'armée ennemie: _Valens empereur_. Presque tous les soldats se rangent
du coté d'Arbétion, et Gumoaire se fit prendre lui-même et conduire au
camp de Valens.
[Note 490: On lit dans le texte d'Ammien Marcellin, l. 26, c. 9, dans
la Lycie, _iter tendebat ad Lyciam_. Il est évident que c'est une
erreur. La route prise par Valens démontre qu'il s'agit du mont Olympe
de Mysie et non de celui qui portait le même nom dans la Lycie, et le
lieu où Valens combattit Procope le fait encore mieux voir.--S.-M.]
[Note latérale: XLVI.
Défaite et mort de Procope.
Idat. chron.
Amm. l. 26, c. 9.
Zos. l. 4, c. 8.
Them. or. 7, p. 91.
Philost. l. 9, c. 5.