L'acquisition d'une ville si importante enfla le cœur de Procope: il
regarda ce succès comme le gage d'un bonheur inaltérable, et ne se crut
plus obligé de garder aucune mesure. Cette ame faible n'avait point de
caractère; il prit celui de la prospérité: il devint superbe, violent,
inhumain, aussi injuste que Pétronius. Il oublia que c'étaient les
excès de ce ministre qui lui avaient à lui-même tenu lieu de mérite.
Arbétion, ce politique corrompu, dont nous avons parlé tant de fois, ne
s'était point encore ouvertement déclaré: aux fréquentes invitations
du tyran, il répondait en s'excusant sur ses maladies et sur les
infirmités de sa vieillesse. Procope fit enlever tous les meubles de
la maison qu'Arbétion possédait à Constantinople: elle était remplie
de trésors, fruits des crimes d'une longue vie. Par cette violence, il
soulevait contre lui un homme qui n'avait jamais été un ami utile, mais
qui fut toujours un ennemi dangereux. Peut-être lui aurait-on pardonné
cette injustice exercée aux dépens d'un injuste ravisseur, mais il ne
ménagea personne. Sans aucun égard pour les priviléges des sénateurs,
il imposa sur tous les sujets des contributions excessives; il exigea
dans l'espace d'un mois le tribut de deux années; et les habitants de
Constantinople, qu'il avait séduits par tant de magnifiques promesses,
se virent en peu de temps réduits à une extrême misère. On rechercha
ceux qu'on soupçonnait d'être attachés à l'empereur. L'impie Aëtius,
qui vivait à Lesbos, fut à cette occasion en danger de perdre la vie;
il se rendit à Constantinople, où peu après il mourut de maladie.
Les philosophes n'avaient pas sujet de se louer de Valens: cependant
Procope les accusa d'intelligence avec ce prince; et quoiqu'il
prétendît lui-même aux honneurs de la philosophie, et qu'il se fût
décoré d'une longue barbe, il les força par ses mauvais traitements à
détester son usurpation.
[Note latérale: XLIII.
Il se prépare à continuer la guerre.
Amm. l. 26, c. 8.
Zos. l. 4, c. 7.