La rigueur de l'hiver suspendit pour quelque temps les opérations de
la guerre. Le tyran qui prévoyait que la campagne prochaine serait
sanglante et décisive, employa cet intervalle à ramasser des troupes
et de l'argent. Il encourageait par des bienfaits ces artisans de la
misère publique, qui savent réduire en système l'art de dépouiller les
peuples, et qui, pour s'enrichir eux-mêmes sous prétexte d'enrichir le
prince, lui procurent par de pernicieux projets une opulence passagère
et une longue disette. Il députa un de ses courtisans à la nation des
Goths pour leur demander des troupes auxiliaires[489]. Une multitude de
déserteurs, d'aventuriers, de barbares vinrent grossir son armée. Il
aurait pu porter ses vues jusque sur les provinces les plus orientales
de l'empire; il y aurait trouvé les esprits rebutés du gouvernement
de Valens, et disposés à se prêter à la révolution. Mais il se borna
mal à propos à s'assurer des villes voisines. Il y rencontra beaucoup
d'opposition de la part du vicaire d'Asie, nommé Cléarque. Celui-ci
était riche, d'une famille illustre, né dans la Thesprotie en Épire,
païen fanatique, entêté de magie, et adorateur de ces philosophes
insensés qui avaient séduit Julien. Aussi était-il ennemi de Salluste,
qu'il traitait de vieillard imbécille, parce que Salluste, idolâtre
comme lui, était plus sage et plus modéré. Cependant Cléarque servit
utilement Valens en traversant par toutes sortes de moyens les desseins
de Procope.
[Note 489: Zosime rapporte l. 4, c. 7, que Procope envoya quelques
personnages distingués, τῶν ἐπιφανῶν τινας ἔστελλε, vers le prince
des Scythes ou Goths qui étaient établis au nord du Danube, πρὸς τὸν
ἔχοντα τὴν ὑπέρ τὸν Ἴϛρον Σκυθῶν ἐπικράτειαν, pour qu'il lui fournît
un corps de dix mille auxiliaires, ὁ δὲ, μυρίους ἀκμάζοντας ἔπεμπε
συμμάχους ἀυτῷ. On verra par la suite que le prince auquel Procope
écrivit était Athanaric. Zosime ajoute encore que Procope demanda du
secours à d'autres peuples barbares, καὶ ἄλλα δὲ βάρβαρα ἔθνη συνῄει,
μεθέξοντα τῆς ἐγχειρήσεως. Je ne sais où Gibbon a pu prendre (t. 5, p.
113), que les Goths fournirent à Procope un secours de trente mille
hommes. Il se trompe sans aucun doute; car rien de semblable ne se
trouve dans les auteurs anciens qu'il a pu consulter touchant ce fait
historique.--S.-M.]
[Note latérale: AN 366.