Sueton. in Claud. c. 35.]

Valens était sur le point de sortir de Césarée pour entrer en Cilicie,

lorsqu'il apprit la révolte de Procope: il retourna aussitôt en

Galatie. A mesure qu'il avançait, les progrès du tyran faisaient

croître ses alarmes. A la nouvelle de ce qui s'était passé à

Constantinople, cet esprit timide tomba dans le même abattement où la

révolte de Scribonianus avait autrefois plongé l'empereur Claude: il

ne songeait plus qu'à déposer le diadème, et il eut besoin de toute la

fermeté de ses officiers pour soutenir sa faiblesse. Enfin, sur leurs

remontrances, il se détermina à défendre sa couronne, et fit prendre

les devants à deux légions renommées[472], avec ordre d'attaquer

l'ennemi partout où elles le rencontreraient. A leur approche, Procope,

arrivé depuis peu près de Nicée[473], s'avança en Phrygie, jusque

sur le bord du fleuve Sangarius[474]. Déja les deux corps étaient en

présence, et les flèches commençaient à voler de part et d'autre,

lorsque Procope, poussant son cheval entre les deux troupes, fixa ses

regards sur un officier ennemi nommé Vitalianus; et comme s'il l'eût

connu, il l'invita en langue latine à s'approcher. L'étonnement que

causait cette démarche imprévue, suspendit le combat. Procope ayant

abordé Vitalianus avec politesse: «Voilà donc, lui dit-il, à quoi se

termine cette antique fidélité des armées romaines! Voilà l'effet de

leurs serments religieux! C'est donc pour des inconnus, c'est pour le

service d'un vil Pannonien, le destructeur et le fléau de l'empire, que

vous tirez vos épées! Vous voulez, braves soldats, au prix de votre

sang et de celui de vos frères, lui assurer la puissance souveraine,

à laquelle, jusqu'au moment de son indigne élection, il n'osa

jamais aspirer! Déclarez-vous plutôt pour l'héritier de vos anciens

maîtres[475], à qui la justice met les armes à la main, non pas pour

piller les provinces, mais pour rentrer dans les droits de sa famille.»

Ces paroles prononcées d'un ton pathétique éteignirent toute l'ardeur

de la troupe ennemie; ils baissent leurs aigles et leurs enseignes, et

se joignent aux soldats de Procope: au cri de bataille[476] succèdent

des acclamations de joie; tous proclament Procope empereur, et les deux

corps réunis le reconduisent au camp, en jurant au nom des dieux que

Procope sera invincible.

[Note 472: Les Joviens et les Vainqueurs. _Agmina duo prœire jussisset,

quibus nomina sunt Jovii atque Victores_ Amm. Marc. l. 26, c. 7.--S.-M.]

[Note 473: Il avait avec lui les _Divitenses_; et une troupe de

déserteurs. _Advenerat cum Divitensibus desertorumque plebe promiscua._

Amm. Marcell. l. 26, c. 7.--S.-M.]

[Note 474: Dans un lieu qui est nommé _Mygdus_, dans le texte d'Ammien

Marcellin, l. 26, c. 7. Il paraît que c'est une faute et qu'on doit y

lire _Midæum_ au lieu de _Mygdum_. Ptolémée et la table de Peutinger

font voir que _Midæum_, Μιδάειον, était une ville de la Phrygie, sur le

fleuve Sangarius et sur la grande route qui conduisait de Nicée jusque

dans la Galatie, à 84 milles romains, ou environ vingt-huit lieues de

Nicée.--S.-M.]

[Note 475: _Quin potius sequimini culminis summi prosapiam._ Amm. Marc.

l. 26, c. 7. Procope cherche à relever son origine et à jeter du mépris

sur Valens, qu'il appelle _Pannonius degener_.--S.-M.]

[Note 476: Il s'agit du cri que les Barbares appellent _barritus_.

_Quem Barbari dicunt barritum_, dit Ammien Marcellin, l. 26, c. 7.--

S.-M.]

[Note latérale: XXXVIII.

Siége de Chalcédoine.

Amm. l. 26, c. 8, et ibi Vales.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 184 / 354 题