Valens était sur le point de sortir de Césarée pour entrer en Cilicie,
lorsqu'il apprit la révolte de Procope: il retourna aussitôt en
Galatie. A mesure qu'il avançait, les progrès du tyran faisaient
croître ses alarmes. A la nouvelle de ce qui s'était passé à
Constantinople, cet esprit timide tomba dans le même abattement où la
révolte de Scribonianus avait autrefois plongé l'empereur Claude: il
ne songeait plus qu'à déposer le diadème, et il eut besoin de toute la
fermeté de ses officiers pour soutenir sa faiblesse. Enfin, sur leurs
remontrances, il se détermina à défendre sa couronne, et fit prendre
les devants à deux légions renommées[472], avec ordre d'attaquer
l'ennemi partout où elles le rencontreraient. A leur approche, Procope,
arrivé depuis peu près de Nicée[473], s'avança en Phrygie, jusque
sur le bord du fleuve Sangarius[474]. Déja les deux corps étaient en
présence, et les flèches commençaient à voler de part et d'autre,
lorsque Procope, poussant son cheval entre les deux troupes, fixa ses
regards sur un officier ennemi nommé Vitalianus; et comme s'il l'eût
connu, il l'invita en langue latine à s'approcher. L'étonnement que
causait cette démarche imprévue, suspendit le combat. Procope ayant
abordé Vitalianus avec politesse: «Voilà donc, lui dit-il, à quoi se
termine cette antique fidélité des armées romaines! Voilà l'effet de
leurs serments religieux! C'est donc pour des inconnus, c'est pour le
service d'un vil Pannonien, le destructeur et le fléau de l'empire, que
vous tirez vos épées! Vous voulez, braves soldats, au prix de votre
sang et de celui de vos frères, lui assurer la puissance souveraine,
à laquelle, jusqu'au moment de son indigne élection, il n'osa
jamais aspirer! Déclarez-vous plutôt pour l'héritier de vos anciens
maîtres[475], à qui la justice met les armes à la main, non pas pour
piller les provinces, mais pour rentrer dans les droits de sa famille.»
Ces paroles prononcées d'un ton pathétique éteignirent toute l'ardeur
de la troupe ennemie; ils baissent leurs aigles et leurs enseignes, et
se joignent aux soldats de Procope: au cri de bataille[476] succèdent
des acclamations de joie; tous proclament Procope empereur, et les deux
corps réunis le reconduisent au camp, en jurant au nom des dieux que
Procope sera invincible.
[Note 472: Les Joviens et les Vainqueurs. _Agmina duo prœire jussisset,
quibus nomina sunt Jovii atque Victores_ Amm. Marc. l. 26, c. 7.--S.-M.]
[Note 473: Il avait avec lui les _Divitenses_; et une troupe de
déserteurs. _Advenerat cum Divitensibus desertorumque plebe promiscua._
Amm. Marcell. l. 26, c. 7.--S.-M.]
[Note 474: Dans un lieu qui est nommé _Mygdus_, dans le texte d'Ammien
Marcellin, l. 26, c. 7. Il paraît que c'est une faute et qu'on doit y
lire _Midæum_ au lieu de _Mygdum_. Ptolémée et la table de Peutinger
font voir que _Midæum_, Μιδάειον, était une ville de la Phrygie, sur le
fleuve Sangarius et sur la grande route qui conduisait de Nicée jusque
dans la Galatie, à 84 milles romains, ou environ vingt-huit lieues de
Nicée.--S.-M.]
[Note 475: _Quin potius sequimini culminis summi prosapiam._ Amm. Marc.
l. 26, c. 7. Procope cherche à relever son origine et à jeter du mépris
sur Valens, qu'il appelle _Pannonius degener_.--S.-M.]
[Note 476: Il s'agit du cri que les Barbares appellent _barritus_.
_Quem Barbari dicunt barritum_, dit Ammien Marcellin, l. 26, c. 7.--
S.-M.]
[Note latérale: XXXVIII.
Siége de Chalcédoine.
Amm. l. 26, c. 8, et ibi Vales.