Dans ce ridicule appareil il sortit escorté d'une garde nombreuse.
Les soldats sous leurs enseignes marchaient en ordre de bataille; et
pour jeter l'effroi, ils frappaient à grands coups de javelots leurs
boucliers, qu'ils tenaient élevés sur leurs têtes, afin de se mettre
à couvert des pierres et des tuiles dont on aurait pu les accabler du
haut des toits. Entre les premiers de la ville, les uns étaient déja
arrêtés; les autres, surpris de cet événement imprévu, se tenaient
renfermés, sans savoir quel parti prendre. Le peuple, sortant dans les
rues, ne témoignait d'abord qu'une curiosité froide et indifférente.
Cependant la haine universellement répandue contre Pétronius, jointe
aux charmes de la nouveauté, rendait agréable à la plupart cette
révolution subite. Les esclaves, la vile populace, les bas-officiers du
palais, les vieux soldats qui avaient obtenu leur congé, se joignent
de gré aux rebelles, ou sont entraînés par force. Les habitants d'une
condition plus honnête et d'un esprit plus sensé s'échappent de la
ville, passent le Bosphore, et vont avec empressement se rendre au
camp de Valens. Procope à cheval traversait la foule, affectant un air
affable et un sourire populaire à travers lequel on démêlait aisément
ses craintes. Étant arrivé près de la salle du sénat, il monta sur le
tribunal; et comme l'assemblée nombreuse dont il était environné, au
lieu des acclamations ordinaires, demeurait dans un morne silence,
il se crut au dernier moment de sa vie, un tremblement universel le
saisit, et il resta long-temps debout sans pouvoir proférer une
parole. Enfin, faisant un effort, il commença d'une voix faible et
entrecoupée à parler de son alliance avec la famille des derniers
empereurs. Ses partisans le tirèrent d'embarras en l'interrompant par
un murmure flatteur, suivi aussitôt des acclamations confuses du peuple
qui le proclama empereur. Plus heureux qu'il n'avait espéré, il entre
dans le sénat, où n'ayant trouvé aucun sénateur, mais une poignée
de gens sans aveu, il va en diligence prendre possession du palais
impérial. Il attire le peuple par toutes les amorces que les tyrans ne
manquent pas de présenter d'abord pour gagner les esprits: il promet
d'abondantes largesses et la réduction des impôts. Il fait ouvrir le
trésor public, les magasins, les arsenaux; il commence lui-même le
pillage, et abandonne le reste à l'avidité du peuple.
[Note latérale: XXXIII.
Artifices de Procope.
Amm. l. 26, c. 7.
Themist. or. 7, p. 91 et 92.