Zos. l. 4, c. 5 et 6.]

Dans ce ridicule appareil il sortit escorté d'une garde nombreuse.

Les soldats sous leurs enseignes marchaient en ordre de bataille; et

pour jeter l'effroi, ils frappaient à grands coups de javelots leurs

boucliers, qu'ils tenaient élevés sur leurs têtes, afin de se mettre

à couvert des pierres et des tuiles dont on aurait pu les accabler du

haut des toits. Entre les premiers de la ville, les uns étaient déja

arrêtés; les autres, surpris de cet événement imprévu, se tenaient

renfermés, sans savoir quel parti prendre. Le peuple, sortant dans les

rues, ne témoignait d'abord qu'une curiosité froide et indifférente.

Cependant la haine universellement répandue contre Pétronius, jointe

aux charmes de la nouveauté, rendait agréable à la plupart cette

révolution subite. Les esclaves, la vile populace, les bas-officiers du

palais, les vieux soldats qui avaient obtenu leur congé, se joignent

de gré aux rebelles, ou sont entraînés par force. Les habitants d'une

condition plus honnête et d'un esprit plus sensé s'échappent de la

ville, passent le Bosphore, et vont avec empressement se rendre au

camp de Valens. Procope à cheval traversait la foule, affectant un air

affable et un sourire populaire à travers lequel on démêlait aisément

ses craintes. Étant arrivé près de la salle du sénat, il monta sur le

tribunal; et comme l'assemblée nombreuse dont il était environné, au

lieu des acclamations ordinaires, demeurait dans un morne silence,

il se crut au dernier moment de sa vie, un tremblement universel le

saisit, et il resta long-temps debout sans pouvoir proférer une

parole. Enfin, faisant un effort, il commença d'une voix faible et

entrecoupée à parler de son alliance avec la famille des derniers

empereurs. Ses partisans le tirèrent d'embarras en l'interrompant par

un murmure flatteur, suivi aussitôt des acclamations confuses du peuple

qui le proclama empereur. Plus heureux qu'il n'avait espéré, il entre

dans le sénat, où n'ayant trouvé aucun sénateur, mais une poignée

de gens sans aveu, il va en diligence prendre possession du palais

impérial. Il attire le peuple par toutes les amorces que les tyrans ne

manquent pas de présenter d'abord pour gagner les esprits: il promet

d'abondantes largesses et la réduction des impôts. Il fait ouvrir le

trésor public, les magasins, les arsenaux; il commence lui-même le

pillage, et abandonne le reste à l'avidité du peuple.

[Note latérale: XXXIII.

Artifices de Procope.

Amm. l. 26, c. 7.

Themist. or. 7, p. 91 et 92.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 179 / 354 题