Philost. l. 9, c. 5.]

Procope, né et élevé en Cilicie, était parent de Basilina, mère de

Julien. Une alliance si illustre jeta de l'éclat sur sa personne dès

ses premières années; et son intelligence dans les manéges de cour le

fit parvenir auprès de Constance à la dignité de secrétaire du prince

et de tribun. Il était assez bien fait, d'une taille avantageuse, mais

un peu courbé, toujours les yeux baissés vers la terre. Il n'y avait

point de grade auquel il ne pût aspirer, lorsque Constance mourut. Cet

événement, loin de renverser sa fortune, éleva encore plus haut ses

espérances. Julien lui donna le titre de comte. La régularité de ses

mœurs le faisait estimer, mais son humeur sombre et taciturne inspirait

de la défiance[448]. Cependant Julien se sentait trop de supériorité

sur lui pour le craindre: il le laissa en Mésopotamie à la tête d'un

corps de troupes considérable. On disait même, comme nous l'avons

déja raconté, qu'il lui avait donné ordre de prendre la pourpre, s'il

apprenait que l'empereur fût mort dans la guerre de Perse. En effet,

sa conduite à l'égard de Julien qu'il ne secourut pas, peut faire

penser qu'il avait quelque intérêt à le laisser périr. Si le fait est

véritable, sa criminelle politique fut trompée. Jovien ne fut pas plus

tôt monté sur le trône, que Procope songea à se mettre à couvert de ses

soupçons. Il s'était répandu un faux bruit, que Julien en mourant avait

désigné Procope pour son successeur[449]. Il n'en fallait pas tant pour

alarmer le nouveau prince qui venait de faire périr un des plus braves

officiers, parce que dans l'élection il avait eu quelques voix en sa

faveur. Procope prit donc occasion des funérailles de Julien, dont il

fut chargé, pour s'éloigner de la cour et se tenir caché, en attendant

des temps plus favorables. Il se retira d'abord avec sa femme et ses

enfants dans une terre qu'il possédait près de Césarée en Cappadoce.

Jovien, à qui sa fuite le rendait plus suspect, en fut bientôt averti,

il envoya des soldats pour le prendre et le ramener. Le fugitif se

mit lui-même entre leurs mains, et protestant qu'il était prêt à les

suivre, il obtint la permission de faire ses adieux à sa femme et à

ses enfants. Il fit en même temps servir aux soldats un grand repas,

et profitant de leur ivresse, il gagna le Pont-Euxin avec sa famille

et passa dans la Tauride[450]. Il ne fut pas long-temps à s'apercevoir

qu'il avait affaire à des Barbares perfides, qui ne manqueraient pas

de le trahir à la première occasion. Il prit donc le parti de repasser

avec les siens dans l'Asie Mineure. Là, changeant tous les jours de

retraite, évitant la rencontre des hommes, caché dans les forêts,

dans les cavernes, dans les rochers les plus inaccessibles, il vécut

quelque temps d'herbes et de fruits sauvages. Enfin, pressé de la faim

et réduit à la plus affreuse misère, il se détermina à se rapprocher

de Chalcédoine par des sentiers écartés. Il n'avait de ressource que

dans la fidélité d'un ami qui vivait à la campagne sur le territoire

de cette ville. Cet ami, nommé Stratégius, était un ancien officier

du palais, qui s'était retiré avec le titre de sénateur[451]. Le

malheureux proscrit lui confia sa vie et sa famille. Il se tint aussi

quelque temps caché dans une terre de l'hérétique Eunomius, qui étant

alors absent prétendit dans la suite n'en avoir eu aucune connaissance.

De cette retraite il passait souvent à Constantinople, où sa maigreur

extrême et son extérieur déplorable le déguisaient assez pour empêcher

qu'il ne fût reconnu. Il y recueillait avec une joie secrète les

murmures du peuple qui détestait le gouvernement.

[Note 448: _Apparebat eum, si umquam potuisset, fore quietis publicæ

turbatorem._ Amm. Marcell. l. 26, c. 6.--S.-M.]

[Note 449: _Susurravit obscurior fama; nemo enim dicti auctor exstitit

verus._ Amm. Marcell. l. 26, c. 6.--S.-M.]

[Note 450: Ἐπὶ τὴν Ταυριανὴν Χεῤῥόνησον. Zos. l. 4, c. 5.--S.-M.]

[Note 451: _Apud fidissimum amicorum delitescebat, Strategium quemdam

ex Palatino milite senatorem._ Amm. Marc. l. 26, c. 6.--S.-M.]

[Note latérale: XXIX.

Méchanceté de Pétronius beau-père de Valens.

Amm. l. 26, c. 6.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 175 / 354 题