Valens était encore dans les mêmes sentiments que son frère, mais il
n'avait ni le même discernement ni la même fermeté. Déjà trop chargé
du poids de l'empire, il voulut dans la suite se rendre arbitre de
la religion; et tandis que l'église jouissait en Occident d'un repos
tranquille, elle fut exposée en Orient aux plus violentes agitations.
Dès que ce prince fut arrivé à Constantinople, il se rendit au sénat,
où paraissait déja la statue de son père Gratien, érigée à la première
nouvelle de l'élection de Valentinien. Il y prononça un discours[434],
dont Thémistius fait un grand éloge; je ne crois pas cependant qu'on
en puisse rien conclure en faveur de l'éloquence de Valens. Mais ce
sophiste en cite deux belles maximes qui méritent d'être recueillies:
la première, c'est qu'_il est heureux pour des sujets d'avoir des
princes qui aient été nourris loin des délices et de la mollesse, loin
de la séduction des flatteurs, dans les travaux, dans les alarmes, dans
les incommodités de la vie_. La seconde, c'est qu'_un état est plus en
péril, quand il est en proie aux délateurs, que lorsqu'il est attaqué
par les Barbares; comme les maladies internes sont plus dangereuses
que celles qui sont produites par des causes étrangères_. Thémistius
répondit à ce discours par un de ces panégyriques, dont la matière
est toujours plus riche et plus féconde au commencement du règne d'un
prince médiocre, qu'elle ne l'est à la fin de sa vie. Il y relève
avec tout l'appareil de son art la concorde qui régnait entre les
deux frères. Ils prirent, selon la coutume, le consulat pour l'année
suivante 365. En cette occasion tous les deux de concert défendirent à
ceux qui portaient cette nouvelle dans les provinces, d'exiger aucun
présent des habitants, et aux gouverneurs de souffrir ces exactions
illicites. Ils permirent cependant aux personnes riches de faire
quelque libéralité à ces envoyés. Cette exception rendit la défense
inutile, comme on le voit par les lois suivantes; parce qu'il est plus
sûr et plus facile d'enchaîner la cupidité, que de la contenir dans de
justes bornes. Julien, meilleur politique, avait absolument proscrit
ces rapines déguisées sous le titre de gratifications.
[Note 434: Le 16 décembre selon Till., _Hist. des Emp._ t. V, Valens,
art. I.--S.-M.]
[Note latérale: XXIV.
Établissement des défenseurs.
Cod. Th. l. 8, tit. 25. leg. _Vim._ et ibi God.