Cod. Just. l. 1, tit. 28, leg. 1.]

Les prestiges de ces prétendus magiciens qui avaient peuplé la cour de

Julien, avaient répandu dans tout l'empire un soupçon de sortilége. On

attribuait à la magie les accidents les plus naturels. On recherchait

avec empressement la connaissance d'un art si merveilleux. Apronianus,

que Julien étant en Syrie avait envoyé à Rome pour y exercer la charge

de préfet, ayant perdu un œil dans ce voyage, se persuada que c'était

l'effet d'un maléfice. Prévenu de cette idée, il n'eut pas plus tôt

appris la mort de Julien, qu'il fit une exacte recherche de tous ceux

qui étaient soupçonnés de magie. Il ne manqua pas de trouver beaucoup

de coupables. Il les fit arrêter et appliquer à la torture au milieu

de l'amphithéâtre, à la vue du peuple toujours avide de ces spectacles

cruels. Après les avoir forcés d'avouer leur crime et de révéler leurs

complices, il les faisait mettre à mort. Cette sévérité, animée par la

vengeance, vint à bout de purger Rome d'un grand nombre d'imposteurs

ou de scélérats imbéciles, qui prenaient eux-mêmes pour des sortiléges

les poisons dont ils faisaient usage. On remarqua entre les autres un

cocher du cirque nommé Hilarinus, qui fut convaincu d'avoir envoyé son

fils encore jeune à l'école d'un magicien, pour y apprendre le secret

de vaincre ses concurrents. On était persuadé dans ce siècle, que

plusieurs cochers du cirque avaient recours à la magie pour donner de

la vitesse à leurs chevaux, et pour arrêter ceux de leurs adversaires.

Hilarinus fut condamné à perdre la tête; et comme on le conduisait à

la mort, s'étant échappé des mains des bourreaux et réfugié dans une

église, il en fut tiré par force et exécuté. Cependant cet entêtement

criminel ne céda pas entièrement à la rigueur des supplices. Quelques

années après, on convainquit un sénateur d'avoir mis un de ses

esclaves entre les mains d'un maître de magie, qui s'était chargé de

l'instruire de ses secrets. Ce sénateur se garantit, à force d'argent,

de la peine qu'il méritait, et il affecta même, dit Ammien Marcellin,

témoin oculaire, d'insulter à ses juges par la pompe de ses équipages

et par un éclat insolent et scandaleux. Au reste, Apronianus, ce juge

sévère, prit de si justes mesures pour entretenir l'abondance dans

Rome, que tant qu'il fut préfet, on n'entendit aucun de ces murmures si

ordinaires dans cette ville séditieuse. Ce fut aussi dans la suite un

des principaux soins de Valentinien. On le voit dans ses lois occupé

sans cesse de la quantité et de la qualité des subsistances de Rome, et

très-attentif à protéger les compagnies chargées de l'approvisionnement.

[Note latérale: XVI.

Premières lois des deux princes.

Cic. in Verr. l. 4. c. 10.

Cod. Th. l. 8, tit. 15, leg. princeps. leg. Vim. leg. Omnis. l. 11,

tit. 12, leg. 3; l. 13, tit. 1, leg. 5, 9; l. 16, tit. 2, leg. 10.]

Les deux princes n'étaient pas encore rétablis de leur maladie, qu'ils

commencèrent leur administration publique par deux lois très-sages. La

première avait été en vigueur dans l'ancienne république: l'avarice

l'avait peu à peu abolie. Ils défendirent aux officiers des magistrats

d'acheter aucun fonds, ni même aucun esclave dans la province où

ils étaient employés. Valentinien dans la suite comprit dans cette

défense tous les biens meubles et immeubles, et il l'étendit sur les

magistrats même, de quelque ordre qu'ils fussent, et sur tous ceux qui

étaient chargés d'une fonction publique. Il déclara que ces ventes

seraient nulles; que la chose, soit qu'elle fût demeurée au pouvoir de

l'acheteur, soit qu'elle eût passé en d'autres mains à quelque titre

que ce fût, serait rendue au premier vendeur, sans qu'il fût obligé de

restituer l'argent qu'il en avait reçu; et que si celui-ci différait

pendant cinq ans de faire ses diligences pour le recouvrement, son

droit serait dévolu au fisc. Ce prince pensait, ainsi que les anciens

Romains, que tout achat est un brigandage lorsque le contrat n'est

pas parfaitement libre de la part du vendeur. La seconde loi tendait

à préparer les fonds nécessaires pour soutenir la guerre contre tant

de Barbares qui menaçaient l'empire: elle déclarait que nul négociant

ne serait exempt de la taxe imposée sur ceux qui faisaient commerce

par eux-mêmes ou par leurs commis; qu'il n'y aurait sur ce point aucun

privilége ni pour les officiers de la maison du prince, ni pour les

personnes élevées en dignité, qui devaient donner l'exemple du zèle

à subvenir aux besoins de l'état, ni pour les clercs, qui font une

profession particulière de contribuer au soulagement des misérables:

ce sont les termes de la loi. Constance avait exempté de cet impôt les

ecclésiastiques, parce que, disait-il, leur gain retournait au profit

des pauvres: Valentinien tira du même principe une conséquence tout

opposée; il crut que l'aumône en est plus belle quand elle prévient la

misère, et que c'est un plus grand mérite de soulager ses concitoyens

en partageant leur fardeau, que d'attendre à les relever lorsqu'ils en

seront accablés. Il déclara même dans la suite que les exemptions de

cette taxe, fondées sur des rescrits des princes précédents, seraient

censées nulles, et qu'on n'y aurait aucun égard.

[Note latérale: XVII.

Division des provinces de l'empire.

Amm. l. 26, c. 5.

Zos. l. 4, c. 2 et 3.

Theod. l. 4, c. 5.

Soz. l. 6, c. 6.

Philost. l. 8, c. 8.

Pagi, in Baron. an. 365.

Till. Valens. not. 4.

Cod. Th. l. 7, tit. 4, leg. 12; l. 10, tit. 19, leg. 7; l. 13, tit. 3,

leg. 6; l. 15, tit. 1, leg. 13.]

Vers la fin d'avril les empereurs partirent de Constantinople, et

prirent le chemin de l'Illyrie. Ils séjournèrent à Andrinople jusqu'au

milieu du mois de mai[423]. Comme ils étaient suivis de leurs troupes,

Valentinien très-exact à faire observer la discipline, fut averti en

approchant de Sardique, que les soldats ne se contentaient pas de

l'étape, mais qu'ils exigeaient sur leur passage des contributions

arbitraires. Il réforma sur-le-champ cet abus par une loi adressée à

Victor, maître de la milice, et qui fut publiée par tout l'empire.

Ils arrivèrent au commencement de juin à Naïssus, où ils s'arrêtèrent

près d'un mois. Ce fut dans le château de Médiana, à une lieue[424]

de cette ville, qu'ils firent le partage des provinces. Valentinien

laissa à son frère celles qu'avait d'abord possédées Constance,

c'est-à-dire, l'Égypte, toute l'Asie et la Thrace; ce qui fut appelé

l'empire d'Orient. Il se réserva pour lui tout l'Occident, qui

comprenait l'Illyrie dans toute son étendue, l'Italie, l'Afrique, la

Gaule, l'Espagne et la Grande-Bretagne. Il y avait alors dans l'empire

plusieurs habiles généraux qui s'étaient formés sous les ordres et par

les exemples de Julien. Valentinien prit à son service Jovinus général

des troupes de la Gaule, Dagalaïphe, général de la cavalerie, et

Équitius qu'il fit commandant des troupes d'Illyrie. Il donna à Valens

Victor, Arinthée, tous deux grands capitaines, et Lupicinus qu'on croit

différent de celui qui avait été dans la Gaule lieutenant-général de

Julien. Sérénianus, cet officier perfide, qui avait contribué à la

perte de Gallus son bienfaiteur, rentra pour-lors dans le service

militaire. Il s'était tenu caché sous le règne de Julien, dont il ne

devait attendre que des supplices. Il n'avait d'autre mérite auprès

des nouveaux maîtres de l'empire, que d'être comme eux né en Pannonie.

C'en fut assez à Valens pour l'attacher à sa personne; il lui conféra

la dignité de comte des domestiques. Les empereurs partagèrent aussi

les troupes et les officiers du palais. Avant que de partir de Naïssus,

ils songèrent à réparer le mal que Julien avait voulu faire au

christianisme, en interdisant aux chrétiens l'instruction publique.

Toutes les personnes que leur science, jointe à la régularité des

mœurs, rendait capables d'instruire la jeunesse, eurent la permission

d'ouvrir de nouvelles écoles, ou de rentrer dans celles qu'on les

avait obligés de quitter. Pour arrêter les courses des Barbares,

ils envoyèrent ordre à Tautomède ou Teutomer, capitaine franc, qui

commandait les troupes de la Dacie, sur les bords du Danube, de réparer

les tours qui servaient à couvrir de ce côté-là les frontières de

l'empire, et d'en faire construire de nouvelles dans les lieux où

elles seraient nécessaires: ils lui déclaraient que si le terme de

son commandement expiré, il laissait ces ouvrages en mauvais état,

il serait obligé de les faire rétablir à ses propres dépens. S'étant

ensuite rendus à Sirmium[425], où ils passèrent six semaines, ils se

séparèrent vers le milieu du mois d'août. Valentinien prit la route

de Milan, et Valens celle de Constantinople. Salluste était préfet du

prétoire d'Orient, Mamertinus d'Italie et d'Illyrie, et Germanianus des

Gaules.

[Note 423: Ils étaient encore dans cette ville le 13 mai; il paraît

qu'ils y restèrent un peu plus long-temps que ne le pense Lebeau,

puisque nous voyons par une loi que, le 24 du mois suivant, les deux

empereurs n'étaient encore qu'à Philippopolis en Thrace, d'où ils se

rendirent à Sardique, où ils se trouvaient le 30 juin.--S.-M.]

[Note 424: A trois milles, _tertio lapide_, dit Ammien Marcellin, l.

26, c. 5. Selon le même auteur, cet endroit n'était même qu'un faubourg

de Naïssus, _in suburbano_, dit-il, _quod appellatum Mediana_.--S.-M.]

[Note 425: On a une loi de Valentinien, datée de cette ville, le 5

juillet.--S.-M.]

[Note latérale: XVIII.

Divers réglements de Valentinien.

Cod. Th. l. 1, tit. 7, leg. 2, 4, 5; l. 8, tit. 5, leg. 20, 21; l. 9,

tit. 30, leg. 1, 2; tit. 36, leg. 15, 16; l. 11, tit. 30, leg. 33, 34;

tit. 31, leg. 1; l. 12, tit. 1, leg. 57, etc. tit. 13, leg. 2, 3; l.

15, tit. 15, leg. unic.]

Valentinien se proposait Constantin pour modèle. Il avait dessein

de réformer le gouvernement de Julien; mais il aimait l'argent,

et Julien n'avait aimé que la gloire. De plus, le trésor épuisé

par la malheureuse expédition de Perse, avait besoin d'être rempli

pour fournir aux dépenses des armées que les attaques des Barbares

obligeaient de lever et d'entretenir. Ces raisons laissèrent à Julien

l'avantage du désintéressement et de la libéralité. Ce prince avait

modéré les présents que les villes de l'empire envoyaient en diverses

occasions aux empereurs; il avait voulu que ces hommages fussent

purement volontaires. Valentinien les exigea à titre de contributions,

il n'en dispensa que les sénateurs déja chargés de taxes encore plus

onéreuses. Il régla par plusieurs lois la conduite des juges et des

gouverneurs; il leur enjoignit de prononcer leurs jugements en public,

à portes ouvertes, parce qu'il était à craindre que dans les audiences

secrètes l'intrigue ne prévalût sur la justice. Il voulut qu'ils se

rendissent populaires par leur facilité à se laisser aborder, par

leur désintéressement, par une équité incorruptible qui ne fît aucune

acception des personnes, et non pas en donnant au peuple des fêtes

et des spectacles, qui leur feraient perdre en amusements frivoles

un temps et des soins qu'ils devaient à des fonctions sérieuses. Les

gouverneurs en faisant la visite de leur province, prenaient leur

logement dans les maisons les plus commodes et les plus délicieuses des

particuliers. Valentinien défendit cet abus; il ne leur permit de loger

que dans les maisons publiques qui se trouvaient sur leur passage;

et il déclara que toute autre habitation, dans laquelle ils auraient

été reçus, serait vendue au profit du fisc. Il leur recommanda de

visiter dans leurs tournées tous les villages et toutes les métairies,

et de s'informer exactement de la conduite des officiers chargés du

recouvrement des deniers publics, déclarant qu'il punirait de mort

ceux qui seraient convaincus d'extorsions et de vexations injustes.

Ayant appris que des bandes de voleurs désolaient la Campanie, l'Apulie

et les contrées voisines, il ne permit qu'à certaines personnes de

monter à cheval dans ces provinces, et défendit le port des armes,

à tous ceux qui n'en auraient pas obtenu la permission expresse. Il

réforma plusieurs abus dans les jugements et dans l'usage de la course

publique. Il fit de nouveaux réglements pour maintenir dans les villes

l'ordre municipal. Pendant tout le cours de son règne, il ne perdit

jamais de vue ces objets, qu'il regardait comme très-importants. Ces

sages dispositions firent l'occupation de Valentinien pendant les

mois de septembre et d'octobre, qu'il passa dans les villes d'Émona,

aujourd'hui Laybach en Carniole, d'Aquilée, d'Altinum et de Vérone[426].

[Note 426: Il était à Emona le 28 août. On voit par ses lois qu'il

résida à Aquilée, depuis le 7 septembre jusqu'au 29. Il était à

_Altinum_ le 30 septembre, le 5 et le 8 d'octobre; il se trouvait à

Vérone le 15 du même mois.--S.-M.]

[Note latérale: XIX.

Valentinien à Milan.

Amm. l. 26, c. 5.

Cod. Th. l. 11, tit. 30, leg. 32.

Grut. inser. p. 177, nº 4.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 167 / 354 题