Une fièvre violente, survenue en même temps aux deux empereurs, les
tint dans l'inaction pendant plusieurs jours[421]. La mémoire de Julien
leur était odieuse: ils soupçonnèrent les amis de ce prince d'avoir
employé contre eux des maléfices: ces craintes frivoles leur étaient
inspirées par les favoris de la nouvelle cour, qui avaient soin de
les répandre parmi le peuple de Constantinople. La prévention alla
si loin, que les empereurs ordonnèrent à ce sujet des informations
juridiques, dont ils chargèrent le questeur Juventius[422], et
Ursacius, grand-maître des offices; celui-ci était un Dalmate dur et
cruel. Valentinien en voulait surtout à Maxime, il n'avait pas oublié
les mauvais services que ce philosophe fanatique lui avait rendus
auprès de Julien. Maxime fut donc amené prisonnier à Constantinople,
avec Priscus qui avait partagé avec lui les bonnes graces du défunt
empereur. Après un sévère examen, Priscus fut reconnu innocent et
renvoyé dans l'Épire sa patrie. Mais le peuple et les soldats étaient
déchaînés contre Maxime. Il fut appliqué à la torture, et quoiqu'on
n'eût découvert aucun indice du crime qu'on lui imputait, cependant
comme on le soupçonnait d'avoir profité de sa faveur passée pour
amasser de grandes richesses, on le condamna, selon Eunapius, à une
amende que toute la philosophie de ce temps-là n'aurait pu acquitter.
On fut obligé de la réduire à une somme modique. Pour la recueillir, on
lui permit de retourner en Asie.
[Note 421: Selon Ammien Marcellin, ils furent long-temps malades,
_constricti_, dit-il, l. 26, c. 4, _rapidis febribus imperatores ambo
diu_.--S.-M.]
[Note 422: Ammien Marcellin l'appelle _Juventius Siscianus_.--S.-M.]
[Note latérale: XV.
Procédures rigoureuses contre les prétendus magiciens.
Amm. l. 26, c. 3.
Hieron. vit. Hilarionis, t. 2, p. 22.
Cassiod. Var. l. 3, ep. 51.
Cod. Th. l. 9, tit. 16, leg. 11; l. 13, tit. 5 et 6; l. 14, tit. 2, 3,
4, 15, 17, 21, et 22; l. 15, tit. 1.