«Braves défenseurs de nos provinces, vous venez de m'honorer du
diadème. Je connais tout le prix de cette préférence, à laquelle je
n'ai jamais aspiré. Toute mon ambition s'était bornée à me procurer
la satisfaction intérieure qui couronne la vertu. Il dépendait de
vous tout à l'heure de me choisir pour votre souverain; c'est à moi
maintenant à décider des mesures qu'il faut prendre pour votre sûreté
et votre gloire. Ce n'est pas que je refuse de partager ma puissance:
je sens tout le poids de la couronne; je reconnais qu'en m'élevant
sur le trône, vous n'avez pu me placer au-dessus des accidents de
l'humanité. Mais votre élection ne se soutiendra qu'autant que vous me
laisserez jouir des droits dont vous m'avez revêtu. J'espère que la
Providence, secondant mes bonnes intentions, m'éclairera sur le choix
d'un collègue digne de vous et de moi. Vous savez que, dans la vie
privée, c'est une maxime de prudence, de n'adopter pour associé que
celui dont on a fait une sérieuse épreuve. Combien cette précaution
est-elle plus nécessaire pour le partage du pouvoir souverain, où les
dangers sont si fréquents et les fautes irréparables? Reposez-vous
de tout sur ma vigilance. En me donnant l'empire, vous ne vous êtes
réservé que l'honneur d'une fidèle obéissance. Songez seulement à
profiter du repos de l'hiver pour rétablir vos forces, et vous préparer
à de nouvelles victoires.» La noble fermeté de ce discours arrêta
les murmures. Il fit en même temps aux troupes les largesses que les
empereurs avaient coutume de répandre à leur avénement à l'empire. Il
acquit dès lors toute l'autorité, qu'aurait pu procurer un long règne
soutenu avec dignité; et ces fières cohortes, qui un moment auparavant
prétendaient lui commander, frappées d'une impression de respect qui
dura autant que sa vie, le conduisirent au palais, au milieu de leurs
aigles et de leurs enseignes, avec toutes les marques d'une entière
soumission.
[Note latérale: IX.
Il retient Salluste dans la préfecture.