Il allait commencer un discours qu'il avait préparé, lorsque tout
à coup un grand murmure s'éleva: tous les soldats frappent leurs
boucliers; tous demandent à grands cris qu'il se nomme sur-le-champ un
collègue. Quelques-uns crurent alors que cette demande était inspirée
par les rivaux secrets de Valentinien, qui se ménageaient encore
cette ressource. Mais le cri était trop général pour être la voix
d'une cabale: c'était l'effet naturel d'une impatience militaire. Les
soldats, qui avaient vu périr trois empereurs dans l'espace de deux
ans et quelques mois, voulaient s'assurer contre de si fréquentes
révolutions. Le bruit croissait de plus en plus, et il était à
craindre que cette première agitation ne produisît un dangereux orage.
Valentinien, le plus intrépide de tous les princes, sentit que de céder
dès le premier pas à la volonté des soldats, c'était leur laisser
reprendre l'autorité qu'ils venaient de lui conférer. Montrant donc
un air assuré, après avoir imposé silence aux plus turbulents, en les
traitant de séditieux, il parla en ces termes:
[Note latérale: VIII.