Valentinien était né à Cibalis en Pannonie. Son père Gratien, sorti de
la plus basse naissance[404], s'était fait connaître dès sa première
jeunesse par une force de corps extraordinaire. On dit que, portant une
corde à vendre, il résista à cinq soldats qui firent de vains efforts
pour l'arracher de ses mains. Cette aventure lui fit donner ensuite par
plaisanterie le surnom de _Cordier_[405]. Ayant embrassé la profession
des armes, il se distingua dans les luttes militaires par une adresse
égale à sa vigueur. Sa bravoure lui mérita une place entre les gardes
du prince. Il devint tribun et enfin comte d'Afrique[406]. On le
soupçonna de concussion, ce qui lui fit perdre cette dignité; mais
quelques années après on lui rendit le même titre, avec le commandement
des troupes de la Grande-Bretagne[407]. S'étant retiré du service[408],
il jouissait dans ses terres d'un repos honorable, lorsqu'il fut accusé
d'avoir donné retraite à Magnence, et dépouillé d'une partie de ses
biens.
[Note 404: _Natus apud Cibalas Pannoniæ oppidum Gratianus major
ignobili stirpe._ Amm. Marc. l. 30, c. 7.--S.-M.]
[Note 405: _Funarius._--S.-M.]
[Note 406: _Post dignitatem protectoris atque tribuni, Comes præfuit
rei castrensi per Africam._ Amm. Marcell. l. 30, c. 7.--S.-M.]
[Note 407: _Pari potestate Britannum rexit exercitum._ Ibid.--S.-M.]
[Note 408: Aurélius Victor prétend (epit. p. 229) que Gratien avait été
préfet du prétoire. Le silence d'Ammien Marcellin fait voir que cette
assertion n'est pas fondée.--S.-M.]
[Note latérale: IV.