L'armée étant venue à Nicée, les officiers du premier ordre tinrent
conseil pour élire un empereur: ils s'accordaient tous à chercher une
sagesse consommée et un mérite reconnu. Plusieurs d'entre eux, éblouis
par l'ambition, croyaient voir ces qualités en eux-mêmes. Mais, pour
le bonheur de l'empire, leur amour-propre ne trouva pas assez de
partisans. Selon Zosime, ce fut en cette occasion que Salluste Second
eut l'honneur de refuser le diadème: il s'excusa sur sa vieillesse;
et comme on lui demandait son fils, il répondit que son fils était
trop jeune, et que d'ailleurs il ne le croyait pas né pour cette place
éminente. Quelques-uns proposèrent Équitius, qui commandait une
compagnie de la garde des empereurs[399]; d'autres Januarius, intendant
des armées d'Illyrie[400]. Ils furent tous deux rejetés: le premier,
comme étant d'un caractère dur et grossier; l'autre, parce qu'il était
trop éloigné et trop peu connu. Mais les généraux les plus estimés,
tels que Salluste Second, Victor, Arinthée, Dagalaïphe se déclarèrent
hautement en faveur de Valentinien, commandant de la seconde compagnie
des écuyers de la garde. Leur voix fut appuyée d'une lettre du patrice
Datianus, qui avait été consul en l'année 358: c'était un vieillard
d'une grande considération. La rigueur de l'hiver l'avait obligé de
s'arrêter dans Ancyre, où Jovien avait aussi laissé Valentinien, avec
ordre de le suivre dans peu de jours. Des suffrages d'un si grand
poids entraînèrent ceux de toute l'armée. On dépêcha sur-le-champ des
courriers à Valentinien, pour le prier de se rendre en diligence à
Nicée. Pendant l'interrègne qui dura dix jours[401], Équitius assez
généreux pour voir dans le nouveau prince, non pas un rival heureux,
mais un maître légitime, travailla de concert avec Léon, trésorier
des troupes[402], à maintenir l'élection, et à fixer l'inconstance
naturelle des soldats. Ces deux officiers étaient compatriotes et zélés
partisans de l'empereur désigné[403].
[Note 399: _Scholæ primæ scutariorum etiamtum tribunus._ Amm. Marc. l.
26, c. 1.--S.-M.]
[Note 400: _Curantem summitatem necessitatum castrensium per
Illyricum._ Ce Januarius était parent de Jovien. _Joviani adfinem._
Amm. Marc. l. 26, c. 1.--S.-M.]
[Note 401: _Diebus decem nullus imperii tenuit gubernacula._ Amm. Marc.
l. 26, c. 1. Philostorge (l. 8, c. 8) dit que l'interrègne avait été
de _douze jours_, ἡμερῶν διαγενομένων δώδεκα. Cet interrègne avait
été prédit à Rome par l'aruspice Marcus, si l'on en croit Ammien
Marcellin.--S.-M.]
[Note 402: _Leo adhuc sub Dagalaipho magistro equitum rationes
numerorum militarium tractans._ Amm. Marc. l. 26, c. 1.--S.-M.]
[Note 403: Ils étaient Pannoniens comme lui, _ut Pannonii fautoresque
principis designati_, dit Ammien Marcellin, l. 26, c. 1.--S.-M.]
[Note latérale: III.
Histoire du père de Valentinien.
Amm. l. 30, c. 7.
Vict. epit. p. 229.
Socr. l. 4, c. 1.