La réputation du père ouvrit au fils la carrière des honneurs; bientôt
les qualités personnelles de celui-ci lui gagnèrent l'estime des
troupes. Sa taille haute et dégagée, sa force naturelle qui croissait
tous les jours par l'habitude des fatigues de la guerre, l'éclat
de son teint, un regard martial, des traits nobles et réguliers,
lui donnaient un air tout à la fois guerrier et majestueux. A ces
avantages corporels il joignait une valeur tempérée par la prudence,
un zèle ardent pour la justice, un esprit fin, pénétrant, circonspect;
un discernement exquis, une parfaite connaissance de tout ce qui
concernait l'ordre militaire. Ses mœurs étaient réglées: il parlait
peu, mais il s'exprimait avec une éloquence naturelle, pleine de force
et de feu. Quoiqu'il fût grave et sérieux, il n'avait pas négligé
les talents d'agrément; il écrivait avec grace, il savait même faire
des vers[409]; il réussissait dans les ouvrages de plastique et de
peinture; il avait du génie pour inventer de nouvelles armes[410]; dans
les repas qu'il donnait, il se piquait d'élégance et de propreté plus
que de magnificence. Ces bonnes qualités couvraient de grands défauts:
une sévérité excessive, peu différente de la cruauté; une humeur
fougueuse et prompte à s'enflammer; une économie qui approchait fort de
l'avarice; trop de présomption et de confiance en ses propres lumières;
une passion pour la gloire, qui le rendait jaloux des succès dont il
n'avait pas l'honneur. Mais ces défauts ne se développèrent que dans
l'exercice de la puissance souveraine. La grandeur d'ame semblait faire
le fond de son caractère; et dans tous les emplois par lesquels il
avait passé, avant que de parvenir à l'empire, il avait toujours paru
supérieur à sa fortune.
[Note 409: C'est Ausone qui nous l'apprend dans sa lettre à Paul
(opera, p. 375), _Sacratissimus imperator Valentinianus_, dit-il, _vir
meo judicio eruditus; qui nuptias quondam ejusmodi ludo descripserat,
aptis equidem versibus et compositione festiva_. Zosime prétend au
contraire (l. 3, c. 36), qu'il n'avait _aucune instruction_, παιδεύσεως
οὐδεμιᾶς μετεσχήκει. Zosime était Grec, il veut sans doute dire que
Valentinien ne savait pas bien le grec et qu'il ne connaissait pas la
littérature grecque; c'était pour Zosime et pour tout autre Grec être
presque un Barbare. Themistius, or. 6, p. 71, laisse entrevoir que
Valentinien ne comprenait pas le grec. Il est certain que Valens ne
savait pas et n'entendait pas cette langue.--S.-M.]
[Note 410: _Genera vetustissimorum meminisse, nova arma meditari:
fingere terra seu limo simulacra._ Aur. Vict. epit. p. 230. Ammien
Marcellin, l. 30, c. 9, en dit autant, _scribens decorè venustèque
pingens et fingens, et novorum inventor armorum_.--S.-M.]
[Note latérale: V.