Jusqu'ici nous avons vu Jovien uniquement occupé à terminer une
entreprise dont il n'était pas l'auteur. Si l'on blâme sa conduite,
on doit faire réflexion que rien n'est si difficile que de suivre un
projet compliqué, que l'on n'a pas conçu soi-même, et dont on n'a
pu combiner tous les incidents et préparer toutes les ressources.
Nous l'allons voir agir maintenant d'après lui-même; sa bonté et sa
prudence ne laisseront rien à désirer: et si sa retraite peu honorable
fait penser qu'il a régné trop tôt, la sagesse de son gouvernement
doit faire regretter que son règne n'ait pas été de plus longue
durée. Le changement de souverain causait dans tous les esprits une
agitation dangereuse. Les païens, frappés de terreur, tremblaient
aux approches d'un prince qui, dès le premier moment de son règne,
avait annoncé son attachement au christianisme. Plusieurs d'entre
eux, abandonnant leurs autels et leurs sacrifices, et redoutant les
chrétiens plus que les Perses, prenaient la fuite, et s'allaient
cacher dans les plus profondes retraites. La conduite du commun des
chrétiens ne contribuait pas à calmer ces alarmes. Les théâtres, les
places publiques retentissaient de leur joie et de leurs menaces. Ils
abattaient les autels; ils fermaient les temples; quelques-uns même,
animés d'un faux zèle, formaient des projets sanguinaires; et, s'il
en faut croire Libanius, ce rhéteur n'évita d'être assommé, que parce
qu'il fut averti du complot tramé contre sa vie. C'était cet esprit
de vengeance, si contraire aux maximes de l'Évangile, que voulait
étouffer saint Grégoire de Nazianze, lorsque, après avoir montré les
effets de la colère divine dans la punition de Julien, il exhortait les
fidèles à la douceur et au pardon des injures, et qu'il les invitait
à ne pas perdre, par des représailles illégitimes, le mérite de leurs
souffrances. D'autre part, les diverses sectes hérétiques, qui étaient
demeurées sans action, tant qu'elles avaient été resserrées et pressées
avec l'église catholique par une violence commune, s'agitant au premier
moment de relâche, se divisaient de nouveau d'avec elle: réunies contre
la vérité, elles se déchiraient mutuellement: chacune d'elles tâchait
de prévenir le prince et de le séduire.
[Note latérale: XXIII.
Sa conduite à l'égard des païens.
Them. or. 5, p. 67-70, et or. 7, p. 99.
[Liban. vit. t. 2, p. 46.]
Eunap. in Max. p. 58, t. 1, ed. Boiss.
Suid. in Ἰοβιανός.