Philost. l. 8, c. 6.]

Jusqu'ici nous avons vu Jovien uniquement occupé à terminer une

entreprise dont il n'était pas l'auteur. Si l'on blâme sa conduite,

on doit faire réflexion que rien n'est si difficile que de suivre un

projet compliqué, que l'on n'a pas conçu soi-même, et dont on n'a

pu combiner tous les incidents et préparer toutes les ressources.

Nous l'allons voir agir maintenant d'après lui-même; sa bonté et sa

prudence ne laisseront rien à désirer: et si sa retraite peu honorable

fait penser qu'il a régné trop tôt, la sagesse de son gouvernement

doit faire regretter que son règne n'ait pas été de plus longue

durée. Le changement de souverain causait dans tous les esprits une

agitation dangereuse. Les païens, frappés de terreur, tremblaient

aux approches d'un prince qui, dès le premier moment de son règne,

avait annoncé son attachement au christianisme. Plusieurs d'entre

eux, abandonnant leurs autels et leurs sacrifices, et redoutant les

chrétiens plus que les Perses, prenaient la fuite, et s'allaient

cacher dans les plus profondes retraites. La conduite du commun des

chrétiens ne contribuait pas à calmer ces alarmes. Les théâtres, les

places publiques retentissaient de leur joie et de leurs menaces. Ils

abattaient les autels; ils fermaient les temples; quelques-uns même,

animés d'un faux zèle, formaient des projets sanguinaires; et, s'il

en faut croire Libanius, ce rhéteur n'évita d'être assommé, que parce

qu'il fut averti du complot tramé contre sa vie. C'était cet esprit

de vengeance, si contraire aux maximes de l'Évangile, que voulait

étouffer saint Grégoire de Nazianze, lorsque, après avoir montré les

effets de la colère divine dans la punition de Julien, il exhortait les

fidèles à la douceur et au pardon des injures, et qu'il les invitait

à ne pas perdre, par des représailles illégitimes, le mérite de leurs

souffrances. D'autre part, les diverses sectes hérétiques, qui étaient

demeurées sans action, tant qu'elles avaient été resserrées et pressées

avec l'église catholique par une violence commune, s'agitant au premier

moment de relâche, se divisaient de nouveau d'avec elle: réunies contre

la vérité, elles se déchiraient mutuellement: chacune d'elles tâchait

de prévenir le prince et de le séduire.

[Note latérale: XXIII.

Sa conduite à l'égard des païens.

Them. or. 5, p. 67-70, et or. 7, p. 99.

[Liban. vit. t. 2, p. 46.]

Eunap. in Max. p. 58, t. 1, ed. Boiss.

Suid. in Ἰοβιανός.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 141 / 354 题