Les funérailles de ce prince donnèrent aux chrétiens un nouveau sujet
de risée. Du temps du paganisme, il s'était introduit dans les pompes
funèbres un usage extravagant. Le cercueil était précédé d'une troupe
de danseurs et d'histrions, qui amusaient le peuple, comme pour
faire diversion à la douleur. Ils n'épargnaient pas le défunt; ils
contrefaisaient ses ridicules; ils lançaient contre lui des traits
satiriques. Cette impertinente cérémonie ne fut pas oubliée dans
les obsèques de Julien, afin qu'il n'y manquât rien de toutes les
superstitieuses folies de l'idolâtrie qu'on enterrait avec lui. Ces
bouffons, accoutumés à ne rien respecter et à railler leurs propres
divinités, plaisantaient sur sa philosophie, sur ses mauvais succès
en Perse, sur sa mort, et même sur son apostasie. Enfin son corps fut
déposé dans un des faubourgs de Tarse[372], à l'entrée du chemin qui
conduisait au défilé du mont Taurus, vis-à-vis du monument de Maximin
Daza, dont il n'était séparé que par ce chemin; la Providence ayant
voulu réunir ainsi la sépulture des deux plus mortels ennemis du
christianisme. On grava sur le tombeau[373] deux vers grecs, dont le
dernier est emprunté d'Homère; en voici la traduction: _Ci-gît Julien,
qui passa le Tigre impétueux: il fut à la fois excellent prince et
vaillant guerrier_[374]. D'autres auteurs allongent cette épitaphe; ils
la rapportent en ces termes: _Ci-gît Julien, qui, après avoir conduit
son armée au-delà de l'Euphrate et jusque dans la Perse, abandonné de
la fortune, est revenu recevoir la sépulture sur les bords du Cydnus:
il fut à la fois excellent prince et vaillant guerrier_[375]. On n'est
pas obligé de croire ce que saint Grégoire de Nazianze ne raconte que
sur un rapport dont il ne se rend pas garant, que les cendres de ce
prince s'agitaient dans son sépulcre, et que la terre, par une violente
secousse, rejeta son corps hors du tombeau. Quelques auteurs disent
qu'il fut, dans la suite, transféré à Constantinople. Vers la fin de
l'empire grec, on montrait sa sépulture dans la galerie septentrionale
de l'église des Saints-Apôtres, auprès de celle de Jovien. Si cette
tradition était plus assurée, un passage du discours où Libanius
s'efforce de prouver que l'intérêt de l'état demande la vengeance
de la mort de Julien, ferait soupçonner qu'on doit attribuer cette
translation à Valentinien et à Valens. Dès que Procope eut rendu à son
parent ce dernier devoir, il disparut; et quelque recherche que l'on
pût faire pour découvrir sa retraite, il ne se montra que deux ans
après, revêtu de la pourpre impériale.
[Note 372: _In suburbano Tarsensi_, Amm. Marc. l. 25, c. 9. Cet
historien s'indigne qu'on n'ait pas choisi un lieu plus convenable
pour la sépulture de ce grand homme, qu'on eût dû placer dans la ville
éternelle, au milieu des monuments élevés à la mémoire des empereurs
divinisés. _Cujus suprema et cineres, si qui tunc justè consuleret, non
Cydnus videre deberet, quamvis gratissimus amnis et liquidus; sed ad
perpetuandam gloriam rectè factorum præterlambere Tiberis intersecans
urbem æternam, divorumque veterum monumenta præstringens._ Amm. Marc.
l. 25, c. 10.--S.-M.]
[Note 373: S. Grégoire de Nazianze (or. 4, t. 1, p. 120), l'appelle par
dérision τέμενος, ναὸς, _un temple_.--S.-M.]
[Note 374:
Ἰουλιανὸς μeτὰ Τίγριν ἀγάῤῥοον ἐνθάδε κεῖται,
Ἀμφότερον βασιλεύς τ'ἀγαθὸς κρατερός τ' αἰχμτής.--S.-M.
]
[Note 375:
Κύδνῳ ἐπ' ἀργυρόεντι, ἀπ' Εὐφρητάο ῥοάων
Πέραιδoς ἐκ γαίης ἀτελευτήτῳ ἐπὶ ἔργῳ
Κινήσας ϛρaτiὰν, τόδε Ἰουλιανὸς λάχε σῆμα,
Ἀμφότερον βασιλεύς τ'ἀγαθὸς κρατερός τ' αἰχμητής.--S.-M.
]
[Note latérale: XXI.
Jovien à Antioche.
[Amm. l. 25, c. 10.]
Zos. l. 3, c. 34.
Suid. in Ἰοβιανός.