Theod. l. 3, c. 28.]

Pendant le séjour que Jovien fit aux environs de Nisibe, il envoya

Procope et Mérobaudes[371] avec un détachement de ses troupes,

pour transporter à Tarse le corps de Julien, suivant les dernières

volontés de ce prince. Julien, pendant sa vie, n'avait point excité de

sentiments médiocres: il avait été un objet d'admiration ou d'horreur.

La nouvelle de sa mort produisit des effets semblables; elle ne causa

que des transports ou d'une joie immodérée, ou d'une excessive douleur.

Les chrétiens les moins instruits, surtout dans Antioche, remplie d'une

jeunesse légère et folâtre, oublièrent que la religion, qui épure et

perfectionne l'humanité, oblige d'aimer ses ennemis et de plaindre

leurs malheurs. Ils s'abandonnèrent à une sorte d'ivresse: ce n'étaient

que festins et fêtes publiques. On dansait dans les églises et sur

les tombeaux des martyrs, comme sur des théâtres; et, par un échange

indécent, les théâtres étaient devenus des temples où l'on chantait

la victoire du christianisme. Les prédictions dont le malheureux

Julien s'était abusé, fournissaient des sujets de comédies; on jouait

les prophéties de l'insensé Maxime; et la religion, si auguste et si

majestueuse, fut mêlée à des scènes bouffonnes. Les païens, de leur

coté, poussèrent le désespoir jusqu'à la fureur. A Carrhes on lapida

celui qui apporta le premier cette triste nouvelle, et on le laissa

enseveli sous un monceau de pierres. Libanius dit qu'au premier bruit

de cette mort, il fut tenté de s'arracher la vie: mais sa vanité le

sauva; il se crut réservé par ses dieux pour faire le panégyrique

de son héros. Il s'en acquitta par deux discours, aussi pleins

d'enthousiasme pour son idole, que de rage contre les chrétiens. Ce

sophiste fut pendant toute sa vie dévoué à Julien jusqu'au fanatisme:

il lui survécut plus de vingt-sept ans. On peut dire qu'il s'exposa

même à devenir son martyr, s'il avait eu affaire à des princes moins

modérés; il eut la hardiesse d'adresser à Valentinien et à Valens un

discours, dans lequel il les blâmait vivement de leur négligence

à venger la mort de Julien; et il osa fatiguer encore des louanges

de ce prince odieux, le grand Théodose, le plus zélé destructeur de

l'idolâtrie. Plusieurs villes élevèrent sur leurs autels les images de

Julien entre celles de leurs dieux.

[Note 371: C'est dans Philostorge qu'a été prise la mention de

Mérobaudes. Ammien Marcellin ne parle que de Procope.--S.-M.]

[Note latérale: XX.

Sépulture de Julien.

Amm. l. 25, c. 9.

Greg, Naz. or. 4, t. 1, p. 119 et 120; or. 21, p. 394; et carm. 3, t.

2, p. 50.

Zos. l. 3, c. 34.

Philost. l. 8, c. 1.

Zon. l. 13, t. 2, p. 27.

Cedr. t. 1, p. 308.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 138 / 354 题