Pendant le séjour que Jovien fit aux environs de Nisibe, il envoya
Procope et Mérobaudes[371] avec un détachement de ses troupes,
pour transporter à Tarse le corps de Julien, suivant les dernières
volontés de ce prince. Julien, pendant sa vie, n'avait point excité de
sentiments médiocres: il avait été un objet d'admiration ou d'horreur.
La nouvelle de sa mort produisit des effets semblables; elle ne causa
que des transports ou d'une joie immodérée, ou d'une excessive douleur.
Les chrétiens les moins instruits, surtout dans Antioche, remplie d'une
jeunesse légère et folâtre, oublièrent que la religion, qui épure et
perfectionne l'humanité, oblige d'aimer ses ennemis et de plaindre
leurs malheurs. Ils s'abandonnèrent à une sorte d'ivresse: ce n'étaient
que festins et fêtes publiques. On dansait dans les églises et sur
les tombeaux des martyrs, comme sur des théâtres; et, par un échange
indécent, les théâtres étaient devenus des temples où l'on chantait
la victoire du christianisme. Les prédictions dont le malheureux
Julien s'était abusé, fournissaient des sujets de comédies; on jouait
les prophéties de l'insensé Maxime; et la religion, si auguste et si
majestueuse, fut mêlée à des scènes bouffonnes. Les païens, de leur
coté, poussèrent le désespoir jusqu'à la fureur. A Carrhes on lapida
celui qui apporta le premier cette triste nouvelle, et on le laissa
enseveli sous un monceau de pierres. Libanius dit qu'au premier bruit
de cette mort, il fut tenté de s'arracher la vie: mais sa vanité le
sauva; il se crut réservé par ses dieux pour faire le panégyrique
de son héros. Il s'en acquitta par deux discours, aussi pleins
d'enthousiasme pour son idole, que de rage contre les chrétiens. Ce
sophiste fut pendant toute sa vie dévoué à Julien jusqu'au fanatisme:
il lui survécut plus de vingt-sept ans. On peut dire qu'il s'exposa
même à devenir son martyr, s'il avait eu affaire à des princes moins
modérés; il eut la hardiesse d'adresser à Valentinien et à Valens un
discours, dans lequel il les blâmait vivement de leur négligence
à venger la mort de Julien; et il osa fatiguer encore des louanges
de ce prince odieux, le grand Théodose, le plus zélé destructeur de
l'idolâtrie. Plusieurs villes élevèrent sur leurs autels les images de
Julien entre celles de leurs dieux.
[Note 371: C'est dans Philostorge qu'a été prise la mention de
Mérobaudes. Ammien Marcellin ne parle que de Procope.--S.-M.]
[Note latérale: XX.
Sépulture de Julien.
Amm. l. 25, c. 9.
Greg, Naz. or. 4, t. 1, p. 119 et 120; or. 21, p. 394; et carm. 3, t.
2, p. 50.
Zos. l. 3, c. 34.
Philost. l. 8, c. 1.
Zon. l. 13, t. 2, p. 27.
Cedr. t. 1, p. 308.