La mort de Julien était encore ignorée en Occident. Jovien envoya en
Illyrie et en Gaule le secrétaire Procope et le tribun Mémoridus,
pour y porter la nouvelle de son élévation à l'empire. Ils avaient
ordre de mettre entre les mains de Lucillianus, son beau-père, le
brevet de commandant général de la cavalerie et de l'infanterie, et
de le presser de se rendre en diligence à Milan, pour être à portée
d'étouffer dès leur naissance les troubles qui pourraient s'élever
dans les provinces Occidentales. Ce Lucillianus était différent de
celui que nous avons vu à la suite de Julien commander sa flotte sur
l'Euphrate. Le beau-père de Jovien était ce commandant des troupes
d'Illyrie, que Julien avait surpris près de Sirmium et traité avec
mépris. Toujours attaché à Constance, il avait quitté ses emplois sous
son successeur, et s'était retiré dans cette ville. Par une dépêche
secrète, Jovien lui désignait des officiers d'une capacité et d'une
fidélité reconnue, dont il devait se faire aider dans le détail des
affaires. Malarich, cet officier franc, ami de Silvanus, dont la
probité s'était inutilement fait connaître à la cour de Constance,
était alors sans emploi en Italie. L'empereur le nomma pour remplacer
Jovinus dans le commandement des troupes de la Gaule[361]. Il y
trouvait un double avantage: il déplaçait un homme puissant, qui se
soutenait par lui-même, et qui pouvait devenir le rival de son maître;
et il avançait un inférieur, qui ne pouvait affermir sa fortune qu'en
maintenant celle de son protecteur. Jovien recommanda à ses envoyés de
faire valoir sa conduite dans l'expédition de Perse, de publier partout
qu'elle avait été couronnée du succès le plus favorable, de courir
jour et nuit pour intimer ses ordres aux commandants des troupes et
des provinces, de sonder leurs dispositions, et de revenir promptement
avec leurs réponses, afin qu'il pût en conséquence prendre les mesures
les plus sûres pour établir solidement son autorité. Mais, malgré
leur diligence, ils furent prévenus par la renommée qui ignore tous
ces ménagements politiques, et qui n'est jamais plus rapide que pour
annoncer les événements malheureux.
[Note 361: _Magister armorum per Gallias._ Amm. Marc., l. 25, c.
8.--S.-M.]
[Note latérale: XV.