Conclusion du traité.]

Julien aurait livré dix batailles, et se serait enterré dans la

Perse avec toute son armée, plutôt que de céder une seule de ces

provinces. Mais les cris des soldats réduits à la plus affreuse

misère, la difficulté de les contenir, les instances des courtisans,

forcèrent Jovien de souscrire à ces honteuses conditions. Son intérêt

particulier se joignit sans doute aux considérations publiques. On

lui représentait qu'il avait dans Procope un rival encore caché[340];

mais que s'il lui laissait le temps d'apprendre la mort de Julien

avant le retour des troupes, ce général, à la tête d'une armée fraîche

et entière, soulèverait en sa faveur tout l'empire, sans trouver de

résistance. Selon quelques auteurs, Jovien était impatient d'aller

montrer au milieu des provinces romaines la nouvelle puissance dont

il était revêtu, et qu'il n'aurait osé espérer dans le temps qu'il en

était sorti à la suite de Julien. Il n'a pas régné assez long-temps

pour donner lieu de juger avec quelque certitude, s'il était capable

d'écouter un sentiment si frivole. Mais il est indubitable qu'il fut

moins opiniâtre dans le péril, parce qu'il ne s'y était pas lui-même

engagé; et que dans les situations fâcheuses un successeur succombe

sans rougir, et se décharge de la honte sur l'auteur de l'entreprise.

Il accepta donc les propositions de Sapor. Il demanda seulement,

et obtint avec beaucoup de peine, que les habitants de Nisibe[341]

sortiraient de leur ville avant qu'elle fût livrée aux Perses, et

que les Romains qui se trouvaient dans les autres places, auraient

la liberté de se retirer sur les terres de l'empire[342]. Arsace fut

compris dans le traité, à condition que, s'il survenait désormais

quelque sujet de querelle entre les Arméniens et les Perses, les

Romains ne se mêleraient point de leurs différends[343]. Par cet

article, on abandonnait un prince allié et toujours fidèle[344]: Sapor

le punissait des incursions qu'il avait faites dans la Médie[345] par

ordre de Julien; il se réservait le moyen d'envahir l'Arménie sur le

premier prétexte que son ambition lui fournirait[346]. Arsace, obligé

de mettre une de ses filles entre les mains de Sapor[347], (l'histoire

ne dit pas si ce fut en qualité d'otage ou d'épouse) fut, [quatre]

ans après[348], la victime de ce traité. Pour en assurer l'exécution,

on donna de part et d'autre des otages: ce furent du côté des Romains

trois tribuns des plus distingués, Rémora, Victor et Bellovédius: du

côté des Perses, un des principaux seigneurs nommé Binésès, et trois

satrapes considérables[349]. La paix fut jurée pour trente ans[350].

[Note 340: Ammien Marcellin les représente comme une troupe de

flatteurs qui obsédait un prince faible: _adulatorum globus_, dit-il,

l. 25, c. 7, _instabat timido principi, Procopii metuendum subserens

nomen_.--S.-M.]

[Note 341: Selon Ammien, liv. 25, c. 7, la même condition était

applicable à la ville de Singara. Zosime, l. 3, c. 31, ne nomme que

Nisibe.--S.-M.]

[Note 342: _Difficilè hoc adeptus ut Nisibis et Singara sine incolis

transirent in jura Persarum, a munimentis verò alienandis reverti ad

nostra præsidia Romani permitterentur._ Amm. Marc., l. 25, c. 7. Selon

Zosime, l. 3, c. 31, le traité portait que les places abandonnées

seraient cédées avec leurs habitants, leurs propriétés, leurs animaux,

et en général tout ce qu'elles contenaient; μετὰ τῶν οἰκητόρων, καὶ

κτημάτων, καὶ ζώων, καὶ πάσης ἀποσκευῆς.--S.-M.]

[Note 343: Il paraîtrait au contraire, ce qui est plus vraisemblable

et plus conforme aux faits, d'après les propres paroles d'Ammien

Marcellin, qu'Arsace ne fut pas compris dans le traité et qu'on y

spécifia, qu'on ne lui fournirait pas les secours qu'il pourrait

demander. _Quibus exitiale_, dit Ammien Marcellin, l. 25, c. 7, _aliud

accessit et impium, ne post hæc ita composita, Arsaci poscenti contra

Persas ferretur auxilium, amico nobis semper et fido_. Zosime dit, l.

3, c. 31, que les Perses enlevèrent la plus grande partie de l'Arménie

aux Romains, qui n'en gardèrent qu'une petite portion.--S.-M.]

[Note 344: Au sujet de la fidélité d'Arsace, voyez ci-devant, p. 37-43,

l. XIII, § 31 et 32.--S.-M.]

[Note 345: Ou plutôt le canton de Chiliocome, _ut puniretur homo,

qui Chiliocomum mandatu vastaverat principis_. Amm. Marc. l. 25, c.

7.--S.-M.]

[Note 346: _Remaneret occasio_, dit Ammien l. 25, c. 7, _per quam

subinde licenter invaderetur Armenia_. Sapor ne manqua pas d'en

profiter, et quelques années après, selon le même historien, Arsace fut

pris vivant, et les Perses, profitant des troubles et des divisions,

s'emparèrent d'Artaxate et de la plus grande partie de l'Arménie,

voisine de la Médie. _Unde postea contigit, ut vivus caperetur idem

Arsaces, et Armeniæ maximum latus Medis conterminans, et Artaxata inter

dissensiones et turbamenta raperent Parthi._ Ces événements, passés

sous silence par Lebeau, seront racontés d'après les auteurs arméniens,

combinés avec les grecs et les latins, avec tous les développements

convenables, et placés sous leur véritable époque, restée inconnue

jusqu'à présent. Voy. ci-après, l. XVII, § 3-13.--S.-M.]

[Note 347: Il s'agit ici d'une fille d'un roi d'Arménie, et

très-probablement d'une fille d'Arsace, gardée en otage dans une

forteresse de la Médie. Il en est question dans les actes des martyrs

syriens, recueillis par Marouta, évêque de Martyropolis, au cinquième

siècle, et publiés par Assémani. Il y est dit (t. 1, p. 193), que le

corps du martyr Acepsimas fut sauvé et conservé par cette princesse.

Comme ce fait arriva en l'an 67 du règne de Sapor, par conséquent

vers l'an 378, époque à laquelle le roi d'Arménie était mort depuis

long-temps; on voit qu'on ne peut pas conclure de cette indication,

qu'il y ait eu en l'an 363, aucune transaction entre Sapor et le roi

d'Arménie, ainsi que je l'ai déja remarqué, p. 162, note 3, et que

celui-ci eût été obligé alors de donner une de ses filles en otage. Il

était depuis ce temps arrivé assez d'événements en Arménie, pour que

la princesse ait pu être amenée en Perse par des circonstances toutes

différentes. Lebeau n'a fait qu'adopter une conjecture de Tillemont (t.

V, Valens, art. 12), qui avait puisé dans les Bollandistes (22 avril)

la mention de cette fille du roi d'Arménie. Cette conjecture n'est pas

confirmée par les faits. Tout démontre qu'il n'y eut alors aucun traité

entre les Perses et les Arméniens, et que les premiers, profitant de la

tranquillité que les Romains leur laissaient, continuèrent avec vigueur

et avec toutes leurs forces la guerre contre Arsace.--S.-M.]

[Note 348: Lebeau avait mis neuf ans, en suivant encore les conjectures

de Tillemont, et il s'est trompé après lui. Ce n'est pas en l'an 372,

mais en 367, qu'Arsace, après une guerre longue et sanglante, tomba

enfin vivant entre les mains de Sapor. Il existait du temps de ces

auteurs bien peu de moyens d'éclaircir cette histoire, et d'éviter les

erreurs qu'ils ont commises. Je ferai disparaître l'inexactitude de

leurs récits, et je suppléerai à leur silence dans mes additions au l.

XVII, § 3-13 et 57-67.--S.-M.]

[Note 349: _Bineses e numero nobilium optimatum, tresque alii Satrapæ

non obscuri._ Amm. Marc. l. 25, c. 7.--S.-M.]

[Note 350: _Fæderata itaque pace annorum triginta._ Amm. Marc. l. 25,

c. 7. Zosime en dit autant (l. 3, c. 31); mais selon Rufin (Hist.

ecclés., l. 11, c. 1), cette paix fut seulement de vingt-neuf ans, _in_

XX _et_ IX _annis pace composita_.--S.-M.]

[Note latérale: XII.

Examen de ce traité.

Tous les auteurs cités ci-dessus.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 130 / 354 题