Ces députés déclarèrent que le roi par un sentiment d'humanité et de
clémence était disposé à laisser les Romains sortir librement de ses
états[333], si l'empereur avec ses principaux officiers s'engageait
à remplir les conditions qui lui seraient proposées. Jovien accepta
volontiers cette ouverture. Il envoya de son côté le préfet Salluste
et le général Arinthée pour traiter avec Sapor. Le roi de Perse traîna
la négociation en longueur, par des demandes nouvelles, des réponses
captieuses, acceptant quelques articles, en rejetant quelques autres.
Ces pourparlers emportèrent quatre jours, pendant lesquels l'armée
romaine éprouva toutes les horreurs de la famine. Ammien Marcellin
prétend que si l'empereur eût profité de ce temps-là, il n'en aurait
pas fallu davantage pour sortir du pays ennemi, et pour gagner la
Corduène, qui n'était pas éloignée de quarante lieues[334], où il
aurait trouvé des vivres en abondance et des places de sûreté. Enfin,
Sapor déclara qu'il n'y avait point de paix à espérer[335], à moins
qu'on ne lui rendît les cinq provinces d'au-delà du Tigre, que
Galérius avait enlevées à son aïeul Narsès: c'étaient l'Arzanène, la
Moxoène, la Zabdicène, la Réhimène et la Corduène[336]. Il demandait de
plus quinze châteaux[337] en Mésopotamie, la ville de Nisibe[338], le
territoire de Singara, et une place très-importante nommée _le camp des
Maures_[339].
[Note 333: _Fingentes humanorum respectu reliquias exercitûs redire
sinere clementissimum regem._ Amm. Marc. l. 25, c. 7.--S.-M.]
[Note 334: C'est-à-dire à une distance de cent milles, _ex eo loco in
quo hæc agebantur centesimo lapide_. Amm. Marc. l. 25, c. 7. C'est une
notion un peu vague il est vrai, mais qui doit servir cependant pour
tracer la géographie de cette expédition.--S.-M.]
[Note 335: _Petebat autem rex.... pro redemptione nostra, quinque
regiones Transtigritanas, Arzanenam et Moxoenam, et Zabdicenam,
itidemque Rehimenam, et Corduenam, cum castellis quindecim, et Nisibin,
et Singaram, et castra Maurorum, munimentum perquam opportunum._
Amm. Marc. l. 25, c. 7. Zosime n'indique que quatre pays ou nations
(ἔθνους); on n'en retrouve que trois dans Ammien Marcellin: les
Babdicéniens, qui sont les Zabdicéniens (Βαβδικηνῶν est une erreur
pour Ζαβδικηνῶν); les Rhéméniens, et les Carduéniens, (Καρδουήνων καὶ
Ῥημήνων). Pour la quatrième peuplade, celle des Zaléniens (Ζαληνῶν),
sa situation m'est totalement inconnue. J'en dois dire autant de celle
des Rhéméniens. Ces petites nations étaient sans doute des tribus
syriennes, curdes ou arméniennes, gouvernées par de petits princes, qui
passèrent alors de la dépendance de l'empire dans celle des rois de
Perse.--S.-M.]
[Note 336: Voyez ce que j'ai dit de ces provinces, dans la note
précédente, et t. 1, p. 379, note 1, l. VI, § 60.--S.-M.]
[Note 337: Aucun auteur ne fait connaître les noms et la situation de
ces quinze places. Zosime donne lieu de croire, l. 3, c. 31, qu'elles
se trouvaient dans le territoire des petites souverainetés cédées, καὶ
ἐπὶ πᾶσι περὶ αὐτὰ φρουρίων ὄντων τὸν ἀριθμὸν πεντεκαίδεκα. C'étaient
les forts que les Romains y tenaient, le reste du pays étant possédé
par les dynastes nationaux. Les forts bâtis par les Romains contre les
Persans, dit Philostorge (l. 8, c. 1), s'étendaient jusqu'à l'Arménie,
de manière à former comme une muraille, ἐπὶ Πέρσας ἄχρι τῆς Ἀρμενίας
οἱονεὶ τεῖχος προυβέβλητο.--S.-M.]
[Note 338: On voit par Jean Malala (part. 2 p. 26) qu'on céda aussi
tout le territoire de cette ville, c'est-à-dire la province de
_Mygdonie_. Son témoignage est formel, πᾶσαν τὴν ἐπαρχίαν τὴν λεγομένην
Μυγδωνίαν.--S.-M.]
[Note 339: Voyez, sur cette forteresse, t. 2, p. 282, note 1, l. X, §
55.--S.-M.]
[Note latérale: XI.