Till. Valens. art. 12.]

On employa deux jours à ce travail. La violence des eaux le rendit

inutile; et le soldat ayant consommé dans cet intervalle tout ce qui

pouvait lui servir de nourriture, mourant de faim, et n'étant animé que

de sa fureur, demandait la bataille et la mort, aimant mieux périr par

le fer que par la famine[328]. Tel était l'état de l'armée, lorsque

Sapor, contre toute espérance, songea le premier à finir la guerre. Ce

prince informé de tout par ses espions et par les déserteurs, redoutait

le désespoir des Romains. Il voyait que l'adversité n'avait pas abattu

leur courage; que leur retraite lui coûtait plus d'éléphants et de

soldats qu'il n'en avait jamais perdu dans aucune bataille; qu'ils

étaient encore supérieurs dans tous les combats; qu'endurcis par

l'habitude des fatigues, depuis la mort de l'empereur qui leur avait

rappris à vaincre, ils s'occupaient moins de leur propre salut que de

la vengeance: il ne doutait pas qu'ils ne sortissent de péril ou par

une victoire éclatante, ou par une mort mémorable, qui mettrait en

deuil tous leurs vainqueurs[329]. Il faisait réflexion qu'ils avaient

en Mésopotamie une armée formidable, et qu'au premier ordre, l'empereur

pouvait rassembler des provinces de l'empire un nombre infini de

soldats; au lieu que pour lui, il avait déja éprouvé combien il lui

serait difficile de lever de nouvelles troupes dans la Perse dépeuplée,

abattue, découragée par tant de pertes. La hardiesse des cinq cents

nageurs et le massacre de ses gens sur l'autre rive, augmentaient

encore ses alarmes. Occupé de ces pensées, et plus assuré de terminer

heureusement la guerre par un traité que par une bataille, il envoya

Suréna[330] avec un des seigneurs de sa cour[331] pour proposer la

paix[332].

[Note 328: Le plus honteux genre de mort, dit Ammien Marcellin, l.

25, c. 7. _Ira percitus miles, ferro properans, quam fame ignavissimo

genere mortis, absumi._--S.-M.]

[Note 329: _Exercitum Romanum continuis laboribus induratum, post

casum gloriosi rectoris non saluti suæ, ut memorabat, consulere, sed

vindictæ, difficultatemque rerum instantium aut victoriâ summâ, aut

morte memorabili finiturum._ Amm. Marc. l. 25, c. 7.--S.-M.]

[Note 330: L'auteur de la chronique Paschale dont le témoignage,

assez détaillé pour mériter attention, est confirmé par celui de la

chronique de Malala (part. 2, p. 25 et 26), place avant la mort de

Julien l'envoi de cet ambassadeur. Ces deux auteurs nous apprennent

donc que le roi de Perse était dans la Persarménie, ignorant encore la

mort de Julien, quand il envoya Suréna pour traiter de la paix. Voy.

p. 79, note 2, liv. XIV, § 15. Il est à remarquer que rien dans la

narration d'Ammien n'annonce que le roi de Perse fût avec son armée

lorsque Julien fut tué. Son silence et les détails circonstanciés dans

lesquels il entre, suffisent pour prouver que Sapor n'était pas encore

arrivé. Une parole échappée à cet historien en donne même l'assurance;

en parlant de l'enseigne des Joviens, qui déserta l'armée romaine après

l'élection de Jovien, pour passer dans le camp des Perses, où il donna

des renseignements sur la force de l'armée, et il apprit la mort de

Julien à Sapor qui s'approchait, _Saporem jam propinquantem_ (Ammien

Marc. l. 25, c. 5). On voit que le transfuge était allé trouver Sapor,

qui venait rejoindre son armée. La Bleterie pense aussi (vie de Jovien,

p. 39) que Sapor n'était pas encore arrivé. Il paraît que Sapor venait

de la Persarménie où il avait été obligé de se porter pour résister

à une attaque du roi d'Arménie, et qu'il se dirigeait alors vers les

bords du Tigre pour repousser les Romains. Voy. ci-après, p. 279, l.

XVII, § 5. Ces détails sont tout-à-fait conformes à ce que Libanius

rapporte (or. 10, tom. 2, page 303), d'une ambassade envoyée par les

Perses vers l'époque de la mort de Julien. Tous ces rapports n'ont pas

été apperçus par Tillemont, et c'est là je n'en doute pas la raison qui

a empêché Lebeau et Gibbon, de rédiger leur narration en conséquence.

L'ambassade envoyée vers un prince fut donc reçue par un autre, et elle

rend pleinement raison des paroles d'Ammien Marcellin, qui dit (l. 25,

c. 7), que contre toute espérance et sans doute par la protection des

dieux, les Perses envoyèrent les premiers des députés. _Erat tamen pro

nobis æternum Dei cœlestis numen: et Persæ præter sperata priores,

super fundanda pace oratores mittunt._ Toutes ces indications sont fort

claires, elles se prêtent un mutuel appui.--S.-M.]

[Note 331: On apprend encore par la chronique de Malala (part. 2, p.

27), et par la chronique Paschale (p. 299), que ce personnage était

un satrape ὁ τῶν Περσῶν σατράπης, nommé Junius. Je ne doute pas

qu'il ne soit le même que le satrape de la Gordyène appelé Jovianus

ou Jovinianus, dont il a déja été question tome 1, page 379, note

1, livre V, § 60, et tome 2, page 284, note 3, liv. X, § 55. La

connaissance qu'il avait des mœurs et de la langue des Romains devait

lui faire donner la préférence pour cette négociation. C'est encore

une considération très-importante et très-propre à appuyer les raisons

rapportées dans la note précédente. Il est tout-à-fait étonnant qu'elle

ait échappé, ainsi que les autres, aux savants qui se sont occupés

avant moi de ce point d'histoire. La Bleterie, selon sa coutume, s'est

montré, dans son histoire de Jovien, fidèle à suivre les opinions

de ses devanciers, et ces indications n'ont pas non plus fixé son

attention. On ne doit pas être étonné de voir un dynaste de l'Orient

porter un nom romain; les motifs qui les firent adopter sont assez

faciles à comprendre. Les monuments font mention de plusieurs princes

osrhoéniens nommés Sévère et Antonin; l'histoire d'Arménie parle d'un

certain Domitius, dynaste des Genthouniens; d'Antiochus, prince de la

Siounie; d'Archélaüs, prince de la Sophène.--S.-M.]

[Note 332: Sextus Rufus s'exprime d'une manière assez remarquable,

pour la situation dans laquelle se trouvait l'armée romaine. _Tanta

reverentis nominis Romani fuit, ut a Persis primus de pace secus

haberetur._--S.-M.]

[Note latérale: X.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 128 / 354 题