Zos. l. 3, c. 30.]

Ce n'était pas le temps d'abolir toutes les superstitions du paganisme.

Jovien laissa consulter pour lui les entrailles des victimes: les

aruspices déclarèrent qu'il fallait se résoudre à partir ou à tout

perdre. L'empereur n'eut pas de peine à se rendre à cet avis. Dès qu'on

fut sorti du camp, les Perses précédés de leurs éléphants vinrent

attaquer la queue de l'armée. Ils y jetèrent d'abord le désordre:

mais bientôt les Joviens et les Herculiens placés à l'aile droite,

et soutenus de deux autres légions[313], arrêtèrent l'effort de la

cavalerie ennemie, et tuèrent quelques éléphants. L'aile gauche se

battait en retraite; elle fut poussée jusqu'au pied d'une éminence, où

l'on avait retiré les bagages. Alors les troupes qui les gardaient,

jointes aux valets de l'armée, profitant de ce poste avantageux,

décochèrent leurs flèches et lancèrent leurs javelots avec tant de

succès, qu'ils blessèrent plusieurs éléphants. Ces animaux effarouchés

retournent avec des cris affreux sur leur propre cavalerie; ils la

rompent, ils écrasent hommes et chevaux. Les Romains les poursuivent;

ils tuent un grand nombre d'éléphants et de cavaliers. Ils perdirent

eux-mêmes dans cette journée trois des plus braves officiers de leur

armée, Julien, Macrobe et Maxime[314], tribuns légionaires. Après leur

avoir donné la sépulture, comme la circonstance pouvait le permettre,

on continua de marcher en diligence; et lorsqu'on approchait sur le

soir d'une forteresse nommée _Sumere_[315], on reconnut le corps

d'Anatolius, auquel on rendit les mêmes honneurs. Ce fut là que les

soixante soldats, qui s'étaient retirés dans le château de Vaccat,

revinrent joindre l'armée.

[Note 313: C'étaient les _Jovii_, qu'il faut distinguer des _Joviani_,

et les _Victores_.--S.-M.]

[Note 314: Celui-ci est nommé Maximien par Zosime (l. 3, c. 30.)--S.-M.]

[Note 315: Ce fort est appelé _Suma_, Σοῦμα, par Zosime, l. 3, c. 30.

D'Anville croit (_l'Euphrate et le Tigre_, p. 97) qu'il répond à la

ville de _Sermanray_, appelée aussi _Samira_ par les Arabes, et qui

est ruinée depuis long-temps. L'une et l'autre étaient, il est vrai,

sur les bords du Tigre, du côté de l'orient; mais il faut observer

que la position indiquée pour la dernière est trop méridionale pour

que l'on puisse croire qu'elle réponde au fort _Sumere_ d'Ammien

Marcellin. Ce qui doit encore faire entièrement rejeter cette identité,

c'est la fondation moderne de _Samira_. L'apparente conformité de nom

qui a seule déterminé d'Anville est tout-à-fait accidentelle; car

ce nom moderne n'est qu'une contraction très-moderne elle-même de

_Serra-man-rai_, c'est-à-dire en arabe, _il réjouit quiconque le voit_,

nom qui fut donné à ce lieu par le khalife Motasem, son fondateur,

qui en avait fait une maison de plaisance comme son nom l'indique. Ce

khalife mourut en l'an 842.--S.-M.]

[Note latérale: VII.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 124 / 354 题