Cependant Sapor triomphait de joie. Il venait d'apprendre par un
transfuge la mort de Julien. Varronianus, père de l'empereur, avait eu
le commandement des Joviens; et c'était sans doute pour cette raison
qu'il avait donné ce nom à son fils. Un enseigne de cette légion[310],
qui avait reçu quelque mécontentement de Varronianus, ne cessant pas de
parler mal de lui depuis sa retraite, avait eu à ce sujet de fréquents
démêlés avec Jovien encore particulier. Quand cet officier vit celui-ci
élevé à la puissance souveraine, appréhendant son ressentiment, il
passa dans l'armée des Perses; et ayant obtenu audience de Sapor, il
lui apprit la mort de Julien, l'élection de Jovien, et lui fit entendre
qu'il n'avait rien à craindre d'un fantôme d'empereur, sans activité,
sans courage, qui ne devait son élévation qu'à la cabale des valets
de l'armée[311]. Le roi, délivré du seul ennemi qu'il redoutait, se
flattait qu'il lui en coûterait peu pour détruire ce qui restait de
Romains. Ayant joint la cavalerie de sa maison[312] à celle qui venait
de combattre, il fit ses dispositions pour charger l'arrière-garde, dès
que l'ennemi serait en marche.
[Note 310: _Jovianorum signifer._ Ammien Marcell. l. 25, c. 5.--S.-M.]
[Note 311: _Turbine concitato calonum._ Ammien Marcell. l. 25, c.
5.--S.-M.]
[Note 312: La cavalerie de la garde royale, _multitudine ex regio
equitatu_. Ammien Marcell. l. 25, c. 5.--S.-M.]
[Note latérale: VI.
Marche des Romains.
Amm. l. 25, c. 6.