Dès qu'il eut été choisi, il sortit de sa tente, et revêtu des habits
impériaux, il traversa le camp pour se montrer aux troupes qui se
préparaient à se mettre en marche. Comme le camp occupait une étendue
de quatre milles[307], les corps les plus éloignés entendant proclamer,
_Jovien Auguste_, et croyant entendre le nom de Julien, se persuadèrent
que ce prince n'était pas mort, et qu'il venait lui-même se faire voir
aux soldats pour dissiper leur tristesse. Ils répètent cent fois le nom
de Julien, et se livrent aux transports de la joie la plus vive. Mais
bientôt à la vue du nouvel empereur, cette agréable illusion s'étant
évanouie, au lieu des acclamations d'allégresse, ils s'abandonnent
de nouveau aux larmes et aux gémissements. Après qu'on eut laissé
quelque temps à leur douleur, on assembla les troupes pour confirmer
l'élection par leur suffrage: on leur présenta Jovien sur un tribunal.
Tous lui donnèrent à grands cris les titres de César et d'Auguste.
Alors l'empereur faisant signe de sa main: _Arrêtez_, dit-il, _je suis
chrétien: je ne puis me résoudre à commander des idolâtres, qui n'ayant
rien à espérer de l'assistance divine, ne peuvent manquer d'être la
proie de leurs ennemis_. A ces paroles, les soldats s'écrièrent d'une
voix unanime: _Prince, ne craignez rien, vous allez commander des
chrétiens._ Les officiers les plus proches de sa personne achevèrent de
le rassurer: _Les plus âgés d'entre nous_, lui dirent-ils, _ont servi
sous Constantin; les plus jeunes ont été nourris dans la religion de
Constance: le règne de Julien a été trop court pour effacer de nos
cœurs les premières instructions_[308]. Jovien ajouta à son nom ceux
de Flavius Claudius, pour s'associer en quelque sorte à la famille
impériale, qui venait de s'éteindre dans la personne de Julien[309].
[Note 307: _Acies adusque lapidem quartum porrigebatur._ Amm. Marc. l.
25, c. 5.--S.-M.]
[Note 308: Ces discours ne sont rapportés que par les auteurs
chrétiens. Ammien Marcellin raconte au contraire, l. 25, c. 6, que
l'on immola des victimes et que l'on examina leurs entrailles pour
Jovien, _hostiis pro Joviano extisque inspectis pronuntiatum est_. Il
reconnaît cependant ailleurs (l. 25, c. 10), que Jovien était zélé
chrétien, _christianæ legis studiosus_, mais peu instruit de cette loi,
_mediocriter eruditus_.--S.-M.]
[Note 309: Ce sont les médailles qui nous apprennent que Jovien joignit
à son nom ceux de Flavius Claudius. Les marbres ne lui donnent que
celui de Flavius qui fut pris par tous ses successeurs, qui cherchaient
sans doute à se rattacher ainsi à la famille de Constantin.--S.-M.]
[Note latérale: V.
Trahison d'un officier.
Amm. l. 25, c. 5.