Dans le récit de sa mort j'ai suivi Ammien Marcellin, auteur impartial,
et qui servait alors dans l'armée de Julien. Sans parler des
révélations miraculeuses, qui ne prouvent avec certitude que l'horreur
qu'on avait conçue de Julien, je me contenterai de rendre compte de
quelques circonstances, rapportées par divers auteurs. Quelques-uns le
font périr de la main d'un transfuge; d'autres, de celle d'un bouffon
qu'il menait avec lui pour le divertir, ce qui n'est nullement conforme
au caractère de Julien. On raconte encore que ce prince étant monté sur
une éminence pour considérer son armée, et voyant qu'il lui restait
beaucoup plus de troupes qu'il ne pensait, s'écria: _Quel dommage de
ramener tant de Romains sur les terres de l'empire!_ et qu'un soldat
indigné de cette réflexion inhumaine, lui passa son épée au travers
du corps. Sapor lui-même, pour avoir sujet d'insulter les Romains,
leur reprocha d'avoir été les meurtriers de leur empereur. Libanius,
ennemi juré des chrétiens, en rejette sur eux le soupçon. Ce qui a fait
naître toutes ces opinions, les unes bizarres, les autres destituées
de fondement, c'est que, Sapor ayant promis une récompense à celui qui
avait blessé Julien, personne ne se présenta pour la recevoir: ce qui
n'a rien d'étonnant, s'il est vrai, comme un auteur le rapporte, que le
cavalier perse ou sarrasin qui lui porta le coup mortel, fut aussitôt
tué par l'écuyer du prince. C'est encore une tradition fort commune,
que lorsque Julien se sentit blessé, il recueillit dans sa main le
sang qui jaillissait de sa plaie; que le jetant en l'air, il s'écria:
_Rassasie-toi, Galiléen[298]: tu m'as vaincu, mais je te_ _renonce
encore_; et qu'après avoir ainsi blasphémé contre Jésus-Christ, il
vomit aussi mille imprécations contre ses dieux, dont il se voyait
abandonné. Ce fait n'est soutenu d'aucun témoignage suffisant. Sans
s'écarter du respect que mérite saint Grégoire de Nazianze, on peut
douter d'une autre circonstance, qu'il rapporte sur la foi d'un bruit
populaire. On disait que Julien après sa blessure, étant couché sur
le bord d'une rivière, avait voulu s'y précipiter, pour être mis au
rang de ces prétendus immortels, Enée, Romulus et quelques autres dont
le corps avait disparu; et que sa vanité allait se satisfaire, si
un de ses eunuques ne s'y fût opposé. Mais outre que Julien n'avait
point d'eunuques à son service, ce récit ne peut s'accorder avec celui
d'Ammien Marcellin, témoin oculaire.
[Note 298: Νενίκηκας Γαλιλαῖε. Theod. Hist. eccles. l. 3, c. 25.--S.-M.]
[Note latérale: LI.
Faits véritables.
Liban. or. 10, t. 2, p. 323 et 324.
Hier. in Habacuc. c. 3, t. 6, p. 659 et 660.
Optat. schism.
Donat. l. 2, p. 36 et 37.
Theod. l. 3, c. 23.