Voici des faits plus vraisemblables et mieux assurés. Saint Jérôme, qui
était âgé de vingt-deux ans quand Julien mourut, raconte qu'au milieu
des gémissements que la mort de ce prince arrachait à l'idolâtrie, il
entendit ces paroles de la bouche d'un païen: _Comment les chrétiens
peuvent-ils vanter la patience de leur Dieu! Rien n'est si prompt que
sa colère. Il n'a pu suspendre pour un peu de temps son indignation._
Julien était sur le point d'envoyer en Afrique un édit de persécution:
on ne sait même si cet édit n'était pas déja expédié. Les païens en
triomphaient: ils attendaient avec impatience le retour de l'empereur,
pour voir couler le sang des chrétiens. A la nouvelle des premiers
succès qu'il avait dans la Perse, Libanius rencontrant à Antioche
un chrétien qu'il connaissait: _Eh! bien_, lui dit-il pour insulter
à Jésus-Christ, _que fait maintenant le Fils du charpentier?_ _Il
fait_, lui repartit le chrétien, _un cercueil pour votre héros_. Sapor
regarda la mort de ce redoutable ennemi comme une éclatante victoire.
Il consacra aux dieux _Sauveurs_ les présents qu'il avait destinés à
Julien. Depuis le commencement de la guerre, Sapor consterné mangeait
sur la terre; il ne prenait aucun soin de ses cheveux: alors il quitta
ces marques de tristesse, et se livra à toute la joie d'un triomphe.
Les Perses témoignèrent long-temps par des symboles énergiques l'effroi
dont les victoires de Julien les avaient frappés. Pour désigner ce
rapide conquérant, ils avaient coutume de peindre un foudre, ou un lion
qui vomissait des flammes, et d'y ajouter le nom de Julien.