Soz. l. 6, c. 2.]

Voici des faits plus vraisemblables et mieux assurés. Saint Jérôme, qui

était âgé de vingt-deux ans quand Julien mourut, raconte qu'au milieu

des gémissements que la mort de ce prince arrachait à l'idolâtrie, il

entendit ces paroles de la bouche d'un païen: _Comment les chrétiens

peuvent-ils vanter la patience de leur Dieu! Rien n'est si prompt que

sa colère. Il n'a pu suspendre pour un peu de temps son indignation._

Julien était sur le point d'envoyer en Afrique un édit de persécution:

on ne sait même si cet édit n'était pas déja expédié. Les païens en

triomphaient: ils attendaient avec impatience le retour de l'empereur,

pour voir couler le sang des chrétiens. A la nouvelle des premiers

succès qu'il avait dans la Perse, Libanius rencontrant à Antioche

un chrétien qu'il connaissait: _Eh! bien_, lui dit-il pour insulter

à Jésus-Christ, _que fait maintenant le Fils du charpentier?_ _Il

fait_, lui repartit le chrétien, _un cercueil pour votre héros_. Sapor

regarda la mort de ce redoutable ennemi comme une éclatante victoire.

Il consacra aux dieux _Sauveurs_ les présents qu'il avait destinés à

Julien. Depuis le commencement de la guerre, Sapor consterné mangeait

sur la terre; il ne prenait aucun soin de ses cheveux: alors il quitta

ces marques de tristesse, et se livra à toute la joie d'un triomphe.

Les Perses témoignèrent long-temps par des symboles énergiques l'effroi

dont les victoires de Julien les avaient frappés. Pour désigner ce

rapide conquérant, ils avaient coutume de peindre un foudre, ou un lion

qui vomissait des flammes, et d'y ajouter le nom de Julien.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 115 / 354 题