La chute de Julien avait rendu le courage aux Perses. Le combat
continuait avec acharnement. Les Romains frappant leurs boucliers à
grands coups de piques, couraient déterminément à la mort. Malgré la
poussière qui les aveuglait, malgré l'ardeur du soleil dont ils étaient
brûlés, croyant après la perte de leur prince n'avoir plus d'ordre à
prendre que de leur désespoir, et pas un ne voulant lui survivre, ils
s'élançaient à travers les dards et les javelots des Perses. Ceux-ci se
couvraient d'une nuée de traits qu'ils déchargeaient sans relâche: les
éléphants, dont la grandeur et les aigrettes flottantes effrayaient les
chevaux, leur servaient de remparts. Julien entendait de sa tente le
choc, le cliquetis, les cris, le hennissement des chevaux; jusqu'à ce
qu'enfin la nuit sépara les combattants couverts de blessures, épuisés
de sang et de forces. Les Perses laissèrent sur le champ de bataille
un grand nombre de morts, entre lesquels étaient cinquante seigneurs
ou satrapes, et les deux premiers généraux Méréna et Nohodarès[286].
Du côté des Romains, Anatolius, grand-maître des offices[287], fut tué
à la tête de l'aile droite. Salluste, préfet du prétoire d'Orient,
s'exposa cent fois à la mort; il vit tomber à côté de lui Sophorius,
son assesseur[288]: lui-même renversé par terre allait être accablé
d'une foule d'ennemis, sans la bravoure d'un de ses gardes, qui
sacrifiant sa vie, lui donna son cheval pour se sauver. Deux compagnies
de la garde de l'empereur l'escortèrent jusqu'au camp. Il dut son
salut à l'amour des troupes, et il devait cet amour à son caractère
généreux et bienfaisant. Un corps de Perses sorti d'un château voisin
nommé _Vaccat_[289], fondit sur la brigade d'Hormisdas, et lui disputa
long-temps la victoire. Dans le même temps une troupe de soixante
soldats qui fuyaient, rappelant la valeur romaine, perça les escadrons
qui combattaient Hormisdas, s'empara du château, et s'y défendit
pendant trois jours contre une multitude de Perses.
[Note 286: _Quinquaginta tum Persarum optimates et satrapæ cum plebe
maximâ ceciderunt, inter has turbas Merenâ et Nohodare potissimis
ducibus interfectis._ Amm. Marc. l. 25, c. 3. Nohodarès avait déjà
commandé dans la Mésopotamie pour Sapor; voyez ci-devant, t. 2, p. 71
et 72, liv. VIII, § 7.--S.-M.]
[Note 287: _Qui tunc erat officiorum magister._ Amm. Marc. l. 25, c.
3.--S.-M.]
[Note 288: _Consiliarius._--S.-M.]
[Note 289: _Munimentum Vaccatum._ Amm. Marc. l. 25, c. 6. Ce fort,
dont nous ignorons la position, n'est connu que par le récit d'Ammien
Marcellin.--S.-M.]
[Note latérale: XLVII.
Dernières paroles de Julien.
Amm. l. 25, c. 3.
Liban. or. 10, t. 2, p. 303, 304 et 323.
[Aur. Vict. epit. p. 228.]