La nuit fut noire[250]; la crainte tint les soldats alertes; aucun
d'eux ne se permit le sommeil. Les premiers rayons du jour découvrirent
une cavalerie innombrable, marchant en bon ordre, toute brillante
d'or et d'acier[251]. C'était enfin l'armée du roi de Perse. A cette
vue, le courage du soldat romain se réveille; il veut passer la
rivière[252], et courir au-devant de l'ennemi. L'empereur, qui songe
à ménager ses troupes, les retient avec peine: il y eut, assez près
du camp, une vive rencontre entre deux gros partis de coureurs. Un
commandant romain, nommé Machamée, s'étant jeté au travers des ennemis,
en tua quatre, et fut abattu par un escadron qui l'enveloppa, et dont
un cavalier le perça d'un coup de lance: son frère Maurus, qui fut
depuis duc de Phénicie, emporté par la vengeance et par la douleur,
s'élance dans le plus épais de l'escadron, écarte, renverse tout ce
qu'il trouve en son passage, tue celui qui avait porté le coup mortel,
et, blessé lui-même, il enlève le corps de son frère, qui n'expira que
dans le camp[253]. Le combat fut opiniâtre: on s'attaqua à plusieurs
reprises. La chaleur, qui était excessive, et les efforts redoublés
avaient extrêmement fatigué les deux partis, lorsque les Perses se
retirèrent avec une grande perte.
[Note 250: _Hanc noctem nullo siderum fulgore splendentem._ Amm.
Marcell. l. 25, c. 1.--S.-M.]
[Note 251: _Loricæ limbis circumdatæ ferreis, et corusci thoraces._
Amm. Marcell. l. 25, c. 1.--S.-M.]
[Note 252: Ici Ammien Marcellin, l. 25, c. 1, se sert des mots _fluvio
brevi_, pour désigner le _Durus_ de Zosime.--S.-M.]
[Note 253: Il a déja été question de ces deux généraux, ci-devant, p.
67, note 5, l. XIV, § 8.--S.-M.]
[Note latérale: XLII.