On décampa le 16 de juin. Au point du jour, on aperçut un tourbillon
épais: les uns conjecturaient que c'étaient des Sarrasins[248], qui,
sur une fausse nouvelle que l'empereur attaquait Ctésiphon, accouraient
pour se joindre aux Romains et prendre leur part du pillage. D'autres
se persuadaient que c'étaient les Perses qui venaient encore fermer ce
passage. D'autres, enfin, se moquaient de la timidité de ces derniers;
ce n'étaient, selon eux, que des troupeaux d'ânes sauvages, dont ces
contrées sont remplies, et qui ne vont jamais qu'en grandes troupes,
pour être en état de se défendre contre les attaques des lions.
Cependant, comme cette nuée de poussière ne s'éclaircissait pas, de
crainte de quelque surprise, Julien suspendit la marche, et s'arrêta
dans une assez belle prairie au bord d'une petite rivière nommée
Durus[249]. Il fit camper ses troupes en rond et les rangs serrés, pour
plus de sûreté. Le temps était fort couvert, et le soir arriva, avant
qu'on pût distinguer ce que c'était que cette nuée qui donnait tant
d'inquiétude.
[Note 248: Le texte d'Ammien, l. 24, c. 8, porte _sacenæ duces_; il est
reconnu qu'il faut lire _Saracenos duces_.--S.-M.]
[Note 249: _In valle graminea propè rivum._ Amm. Marc. l. 24, c. 8.
Zosime est le seul qui parle de cette rivière; Ἐλθόντες δὲ, dit-il, εἰς
τὸν Δοῦρον ποταμόν. Il pourrait se faire que le _Durus_ fût l'_Odoneh_
qui se joint au Tigre entre Bagdad et Tékrit. Tous les détails qui
suivent sont omis par Zosime, dont la narration concise ferait croire,
qu'aussitôt arrivé sur le bord de la rivière, on y jeta un pont pour
passer, διέβησαν τοῦτον, γέφυραν ζεύξαντες.--S.-M.]
[Note latérale: XLI.
Arrivée de l'armée royale.
Amm. l. 25, c. 1.
Liban or. 10, t. 2, p. 302.