Zon. l. 13, t. 2, c. 26.]

On attendait inutilement les secours d'Arsace[238], et les troupes

commandées par Procope et par Sébastien, à qui Julien avait donné

ordre de le venir joindre au-delà du Tigre. Arsace s'était contenté

de ravager un canton de la Médie, nommé Chiliocome, c'est-à-dire,

_les mille bourgades_[239]; et les deux généraux ne se pressaient

pas de passer le fleuve. L'accident arrivé à quelques-uns de leurs

soldats tués à coups de flèches pendant qu'ils se baignaient, leur

faisait craindre de trouver sur l'autre bord plus d'ennemis qu'ils

n'en cherchaient. D'ailleurs, la mésintelligence rompait toutes

leurs mesures. Ils faisaient leur cour aux soldats en dépit l'un de

l'autre: quand l'un voulait faire marcher l'armée, l'autre trouvait

des prétextes pour la retenir. En vain Julien leur dépêchait courriers

sur courriers. Il prit enfin le parti de les aller joindre lui-même.

Il se disposait à prendre sa route par le Tigre, et à faire remonter

sa flotte, lorsqu'un vieillard Perse[240], renouvelant la ruse de ce

Zopyre, qui avait aidé Darius à se rendre maître de Babylone, vint se

jeter entre ses bras. Il feignait de fuir la colère du roi de Perse,

qu'il avait, disait-il, offensé; il suppliait Julien de lui donner

asyle entre ses troupes. Il sut si bien feindre le désespoir, que

l'empereur prit confiance en lui, et l'interrogea sur la route qu'il

devait tenir: «Prince, lui dit ce vieillard, vous savez la guerre mieux

que moi; mais je connais mieux que personne le pays où vous êtes. Quel

usage prétendez-vous faire de cette flotte qui côtoye votre armée?

Elle vous a jusqu'ici occupé plus de vingt mille hommes. Espérez-vous

forcer la rapidité du Tigre? La moitié de votre armée ne suffirait

pas pour tirer ces barques le long des bords. Quelle diminution de

forces, si les ennemis vous attaquent! sans compter ce que vous perdez

de courage dans vos soldats, qui, assurés de leurs subsistances, en ont

moins d'ardeur à s'en procurer à la pointe de leurs épées. Cette flotte

vous fait encore un autre mal. C'est un hôpital qui suit votre armée:

c'est l'asyle des poltrons qui s'y font transporter sous prétexte de

maladie. Retranchez cet obstacle à vos succès: éloignez-vous des bords

du fleuve. Je vous guiderai par une route plus sûre et plus commode

jusque dans le cœur de la Perse. Vous n'aurez que trois ou quatre jours

au plus de chemin rude et difficile. Ne portez des vivres que pour

ce temps-là. Le pays ennemi sera ensuite votre magasin. Je ne vous

demande de récompense, que quand mon zèle aura mis entre vos mains les

gouvernements et les dignités de la Perse».

[Note 238: Voy. ci-dev. p. 37-43, liv. XIII, § 31 et 32 et page 63,

note 4, liv. XIV, § 6--S.-M.]

[Note 239: Voyez ci-devant, p. 63, note 4, et ci-après, p. 126, note 2,

livre XIV, § 39.--S.-M.]

[Note 240: C'était, dit saint Grégoire de Nazianze, un homme d'un rang

distingué, ἀνὴρ γάρ τις τῶν οῦκ ἀδοκίμων, ἐν Πέρσαις. Or. 4, t. 2, p.

115.--S.-M.]

[Note latérale: XXXVII.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 103 / 354 题