C'était un ancien préjugé, que Ctésiphon était pour les Romains le
terme fatal de leurs conquêtes. La fin tragique de l'empereur Carus
avait, quatre-vingts ans auparavant, confirmé cette opinion populaire;
et ce qui nous reste à raconter de l'expédition de Julien, ne servit
pas à la détruire. Il semblait que la fortune, lasse de le suivre et de
le tirer de tant de périls qu'il affrontait en soldat, l'eût abandonné
sur les bords du Tigre. Il ne lui resta que la valeur. Les Romains
demeurèrent cinq jours campés dans un lieu nommé Abuzatha[234]. De là,
Julien s'étant approché de Ctésiphon jusqu'à la portée de la voix,
cria aux sentinelles qui paraissaient sur la muraille, _qu'il leur
offrait la bataille; qu'il ne convenait qu'à des femmes de se tenir
cachées derrière des remparts; que des hommes devaient se montrer et
combattre_. Ils lui répondirent: _Qu'il allât faire ces remontrances
à Sapor; que pour eux ils étaient prêts à combattre, dès qu'ils en
auraient reçu l'ordre_. Piqué de cette raillerie, il tint conseil
pour décider si l'on devait assiéger Ctésiphon. Les plus sages lui
représentèrent que cette entreprise difficile par elle-même, paraissait
trop téméraire[235], lorsqu'on était à la veille d'avoir sur les bras
toutes les forces de la Perse, conduites par Sapor. Il eut encore
assez de prudence pour se rendre à cet avis. Il envoya le général
Arinthée avec un corps d'infanterie légère faire le dégât dans les
campagnes d'alentour; il lui donna ordre en même temps de poursuivre
les ennemis qui s'étaient dispersés après leur défaite. Mais comme
ceux-ci connaissaient parfaitement le pays, ils échappèrent à toutes
les poursuites.
[Note 234: Ἀβουζαθὰ n'est connu que par le récit de Zosime (l. 3, c.
26). Cet auteur ne donne aucun détail qui puisse indiquer au juste
la position de cette place. Ammien Marcellin, si abondant en détails
jusqu'ici, en donne fort peu sur cette partie de l'expédition. Cette
disette provient de ce qu'il se trouve entre les chap. 6 et 7 du livre
24 de cet historien, une lacune reconnue par tous les éditeurs. Zosime
est plus satisfaisant.--S.-M.]
[Note 235: _Facinus audax et importunum esse noscentium id aggredi:
quod et civitas situ ipso inexpugnabilis defendebatur._ Ammien
Marcellin, l. 24, c. 7.--S.-M.]
[Note latérale: XXXV.
Il refuse la paix.
Liban. or. 10, t. 2, p. 301 et 322.