Plus on approchait de Ctésiphon, plus le pays devenait riant et embelli
de tous les agréments de la culture[194]. C'étaient les plaisirs du
roi de Perse. On rencontrait à chaque pas de magnifiques édifices et
des jardins charmants. Le soldat romain marchait le fer et le feu à la
main; et pour se venger d'un peuple qu'il traitait de barbare, il ne
laissait lui-même que des traces funestes de barbarie. On n'épargna
qu'un seul château, parce qu'il était bâti à la romaine[195]. On arriva
dans un grand parc[196], où étaient renfermés des lions, des sangliers,
des ours plus cruels en Perse que partout ailleurs, et quantité
d'autres bêtes féroces. Les rois de Perse y venaient souvent prendre le
plaisir de la chasse. On enfonça les portes, on fit brèche en plusieurs
endroits aux murailles, et les cavaliers se divertirent à détruire ces
animaux à coups d'épieux et de javelots.
[Note 194: Zosime rapporte, l. 3, c. 23, qu'après la prise de
_Maogamalcha_, on traversa encore plusieurs places indignes d'être
mentionnées, καὶ ἕτερα οὐκ ὀνομαϛὰ φρούρια.--S.-M.]
[Note 195: _Ubi reperta regia Romano more ædificata, quoniam id
placuerat, mansit intacta._ Amm. Marc. l. 24, c. 5. Il est facile
de reconnaître dans ce qui reste des monuments, élevés par les rois
Sassanides que des architectes ou des sculpteurs grecs y ont mis la
main. Les auteurs orientaux font eux-mêmes mention de quelques-uns de
ces artistes appelés par les rois de Perse.--S.-M.]
[Note 196: Zosime rapporte, l. 3, c. 23, que ce lieu était appelé
_la chasse du Roi_, Βασιλέως Θήρας. On trouvait dans la Perse et
dans l'Arménie beaucoup de ces endroits clos de murs, et destinés
aux plaisirs des princes. Ils étaient souvent magnifiquement ornés,
leurs murs étaient couverts de belles peintures ou de sculptures; on
y joignait ordinairement un palais, qui servait de rendez-vous de
chasse.--S.-M.]
[Note latérale: XXVIII.