L'armée décampait, lorsqu'on vint avertir l'empereur qu'aux environs
de Maogamalcha étaient des grottes souterraines, telles qu'il s'en
trouve en grand nombre dans toutes ces contrées[192], où s'était
cachée une multitude de Perses, à dessein de venir le charger
par-derrière pendant la marche. Il détacha sur-le-champ une troupes
de ses meilleurs soldats, qui, ne pouvant pénétrer dans ces retraites
obscures, ni en faire sortir les ennemis, prirent le parti de les
y enfumer, en bouchant les ouvertures avec de la paille et des
broussailles, auxquelles on mettait le feu. Ces malheureux y périrent:
quelques-uns forcés de sortir pour n'être pas étouffés, furent aussitôt
massacrés. Après les avoir détruits par le feu ou par le fer, les
soldats rejoignirent l'armée. Il fallut encore passer sur des ponts
plusieurs canaux qui communiquaient ensemble et se coupaient en
diverses manières. On arriva près de deux châteaux décorés de superbes
édifices[193]. La terreur en avait banni les habitants. Les valets de
l'armée en pillèrent les meubles et les richesses: ils brûlèrent ou
jetèrent dans les canaux ce qu'ils ne purent emporter. Ce fut là que le
comte Victor, qui devançait l'armée, rencontra le fils du roi. Ce jeune
prince était parti de Ctésiphon à la tête d'une troupe de seigneurs
perses et de soldats pour disputer le passage des canaux. Mais dès
qu'il aperçut le gros de l'armée, il prit la fuite.
[Note 192: _Profecto Imperatori index nuntiaverat certus, circa muros
subversi oppidi fallaces foveas et obscuras, quales in tractibus illis
sunt plurimæ, subsedisse manum insidiatricem latenter._ Amm. Marc. l.
24, c. 4.--S.-M.]
[Note 193: _Ad munimenta gemina venimus ædificiis cautis
exstructa._--S.-M.]
[Note latérale: XXVII.
On détruit le parc du roi de Perse.
Amm. l. 24, c. 5.
Liban. or. 10, t. 2, p. 319.