Modération de Julien.]

Nabdatès[187], commandant de la garnison, fut conduit chargé de chaînes

à l'empereur avec quatre-vingts de ses gardes. Il ne devait s'attendre

qu'à des traitements rigoureux, parce qu'ayant dès le commencement du

siége promis secrètement à Julien de lui livrer la ville, il s'était,

contre sa parole, obstiné à la défendre. Cependant l'empereur donna

ordre de le garder sans lui faire aucun mal. Ce qu'il put sauver du

butin fut distribué aux soldats à proportion de leurs services et de

leurs travaux. Il ne se réserva qu'un jeune enfant muet, qui savait par

ses gestes énoncer clairement toutes ses idées et parler un langage

intelligible à toutes les nations[188]. Les femmes de Perse étaient

les plus belles du monde. On avait mis à part plusieurs filles d'une

rare beauté. Julien, aussi sage qu'Alexandre, et aussi maître de ses

désirs que Scipion l'Africain, n'en voulut voir aucune. A l'exemple

de ce qu'avait fait le même Scipion après la prise de Cartagène, il

fit assembler son armée, et combla d'éloges[189] la valeur du soldat

Exupérius, du tribun Magnus, et du secrétaire Jovien[190]: ces trois

vaillants hommes étaient sortis les premiers du souterrain; il les

honora d'une couronne. On détruisit la ville de fond en comble. Les

Romains étaient eux-mêmes étonnés d'un exploit qui semblait être

au-dessus des forces humaines; rien ne leur paraissait désormais

difficile. Les Perses effrayés n'espéraient plus trouver de défense

contre des guerriers qui forçaient les plus invincibles remparts

de l'art et de la nature: et Julien, qui d'ordinaire laissait aux

autres le soin de le vanter, ne put s'empêcher de dire _qu'il venait

de préparer une belle matière à l'orateur de Syrie_[191]. C'était

Libanius, son éternel panégyriste.

[Note 187: _Nabdates præsidiorum magister._ Amm. Marc. l. 24, c. 4. Ce

général, nommé _Anabdatès_ par Zosime, (l. 3, c. 22 et 23) est aussi

qualifié par lui de φρούραρχος, c'est-à-dire _commandant de fort_;

mais dans un autre endroit, il lui donne le titre de _grand-phylarque_

ἀρχιφύλαρχος, ce qui semble indiquer qu'il était le chef d'une ou de

plusieurs des tribus qui habitaient dans ces régions, et que peut-être,

il avait sur elles, une certaine suprématie.--S.-M.]

[Note 188: Ammien Marcellin ajoute que Julien reçut aussi, pour sa part

du butin, trois pièces d'or qu'il accepta avec reconnaissance; _et

tribus aureis nummis partæ victoriæ præmium jucundum ut existimabat et

gratum_. Amm. Marc. l. 24, c. 4.--S.-M.]

[Note 189: _Ii qui fecere fortissime, obsidionalibus coronis donati, et

pro concione laudati veterum more._ Amm. Marc. l. 24, c. 4.--S.-M.]

[Note 190: Ce Jovien était du corps des Notaires. Voyez ci-devant, p.

99, note 2; liv. XIV, § 24.--S.-M.]

[Note 191: Εἴη τῷ Σύρῳ δεδωκὼς ἀφορμὴν εἰς λόγον. C'est Libanius

lui-même qui nous a conservé cette circonstance, qu'il était sans

doute bien aise de rapporter, pour faire connaître l'estime que

Julien faisait de lui; _c'est de moi qu'il parlait_, ἐμὲ δὴ λέγων

ajoute-t-il.--S.-M.]

[Note latérale: XXVI.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 92 / 354 题